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Nouvelles du terrain

2 novembre 2018

«Transmettre au monde l'expérience de modernisation du Japon» Partie 3 : Le sifflet à vapeur retentit partout dans le monde, 50 ans de transfert des technologies ferroviaires

PhotoLe métro de Delhi en Inde. Construit grâce à la coopération japonaise, le métro a changé le mode de vie des Delhiites.

En octobre 1872, quatre ans après la fin de la restauration Meiji, la première voie ferrée japonaise est entrée en service sur un tronçon de 29 kilomètres entre Tokyo (quartier de Shimbashi) et Yokohama.

L'ouverture de cette ligne a fait l'objet d'une chanson et elle est devenue un symbole de la modernisation. Moins d'un siècle plus tard, en 1964, la ligne Shinkansen Tokaido était inaugurée, et le Japon commençait à transférer ses technologies et connaissances ferroviaires aux pays en développement. Dans cet article, le troisième de notre série intitulée «Transmettre au monde l'expérience de modernisation du Japon», nous abordons le thème du rail.



Le père du chemin de fer japonais et les fondations du Shinkansen

PhotoUn pont ferroviaire surélevé, construit près du centre de Tokyo dans les années 1890 (Bibliothèque de la Diète nationale).

Masaru Inoue est considéré comme le «père des chemins de fer japonais». M. Inoue était l'un des cinq de Choshu, un groupe de jeunes hommes partis clandestinement étudier les technologies et systèmes en Angleterre pour le compte du domaine de Choshu, avant la restauration Meiji. Après leur retour au Japon, ils ont encouragé les projets de développement ferroviaire avec des experts venus d'Europe*1.

M. Inoue a recruté des personnes ayant l'expérience des études à l'étranger tout en veillant à former des ingénieurs au Japon pour poser les fondations de l'industrie ferroviaire nationale.

Après la deuxième guerre mondiale, le Japon a accepté les financements de la Banque mondiale pour construire le Tokaido Shinkansen, entré en service en 1964. Le Shinkansen a été le premier train au monde à dépasser les 200 km/h lors de trajets commerciaux. Il a fait la preuve des nouvelles possibilités offertes par le rail à une époque où l'industrie automobile était reine.

Appliquer les dernières technologies en partant de zéro : 50 années d'assistance

En 1966, le Japon a accordé un prêt d'APD à la Corée du Sud pour améliorer ses équipements ferroviaires et commencé à donner des conseils techniques sur les voies ferrées au Ghana.

L'ingénieur ferroviaire Yoshihiro Akiyama (qui travaille aujourd'hui pour la Japan International Consultants for Transportation Co., Ltd.) s'est rendu au Zaïre (ancien nom de la République démocratique du Congo) en tant qu'expert pour le projet de renforcement des capacités de transport entre Banana et Matadi, initié en 1974.

Ce projet a permis de construire le plus long pont suspendu d'Afrique, prévu à la fois pour les automobiles et les trains, premier véritable pont à enjamber le fleuve Congo, mondialement connu. Le pont a été construit pour améliorer l'accès à un port majeur. À l'époque, le passage des trains sur un pont suspendu paraissait impossible en raison du risque d'affaissement posé par le poids excessif des wagons. Mais le savoir-faire acquis grâce au projet de ponts entre Honshu et Shikoku, dont les travaux venaient tout juste de commencer, a été appliqué à la construction du pont, et il a été achevé en 1983*2.

PhotoYoshihiro Akiyama, troisième à droite, est revenu voir le pont de Matadi avec de vieux amis en 2017. Les techniques utilisées pour le projet de ponts entre Honshu et Shikoku, dont les travaux venaient tout juste de commencer, ont été appliquées à la construction du pont.

De nombreuses difficultés ont été surmontées avant la cérémonie d'inauguration tant attendue. «Je n'oublierai jamais l'image du président et de la foule de Zaïrois en liesse», se souvient M. Akiyama. Un lien d'amitié durable s'est tissé au fil des formations sur la maintenance organisées au Japon pour les parties prenantes. Comme le dit souvent M. Akiyama : «Lorsqu'il s'agit d'APD, les relations humaines sont essentielles».

En tirant parti de l'expérience du Japon, M. Akiyama a participé par la suite à l'étude sur la privatisation des chemins de fer nationaux en Pologne et joue un rôle clé dans de nombreux projets ferroviaires à l'étranger depuis près de 40 ans*3.


Mobiliser la vaste expérience du Japon d'une manière adaptée à chaque pays

La JICA, en coopération avec les experts de la Japan Railways, a transféré les principes de base, les nouvelles idées et les techniques issus de l'expérience japonaise, à différents pays et régions en fonction de leurs besoins.

- Myanmar : Améliorer les services et la sécurité des voies ferrées nationales

PhotoInspection d'un pont au Myanmar

Le Myanmar dispose d'un réseau ferré de près de 6 000 kilomètres. Cependant, à cause d'un mauvais entretien, les installations se sont considérablement détériorées. Cela s'est traduit par une baisse des vitesses d'exploitation et des accidents fréquents.

La JICA fournit au Myanmar une coopération dans le secteur ferroviaire depuis plus de 30 ans. Ces dernières années, la JICA a apporté une aide pour améliorer les techniques de maintenance des voies et le service d'exploitation, transférer des technologies de maintenance des voitures pour la ligne circulaire de la métropole de Rangoun et contribuer à la modernisation du système de signalisation. Elle a également incité les employés de la compagnie ferroviaire à améliorer les services en se basant sur les commentaires des usagers.

- Inde et Indonésie : Construire des voies ferrées urbaines à fréquence élevée tout en mettant l'accent sur la sécurité

PhotoLe métro de Delhi en construction. Des mesures de sécurité rigoureuses ont été prises, notamment le port de casques, gilets réfléchissants, cordes de sécurité et bottes à embout d'acier.

Les réseaux ferrés urbains japonais se caractérisent par de nombreuses lignes, mais aussi par la fréquence et la ponctualité des trains.

La JICA a déployé une aide pour les lignes ferroviaires urbaines de la ville de Delhi, en Inde, dès le stade de la planification, en 1995. Les ouvriers ont respecté des mesures de sécurité rigoureuses pendant la construction, notamment en utilisant des capteurs de lumière. Grâce au transfert du savoir-faire opérationnel, de la mise en place de files d'attente pour l'embarquement et de voitures réservées aux femmes, on dit du métro de Delhi qu'il a changé le mode de vie des résidents.

Les travaux du système de transport en commun rapide (MRT ou Mass Rapid Transit) de Jakarta, premier réseau ferré urbain d'Indonésie, ont commencé en 2013. Le MRT est basé sur l'étude du plan directeur de transport intégré de Jabotabek en République d'Indonésie, menée par la JICA. Un segment de 15,7 kilomètres, actuellement en construction et mobilisant l'expertise et la technologie japonaises, devrait être inauguré au printemps 2019.

- Thaïlande : Conjuguer le développement des voies ferrées urbaines et l'aménagement des quartiers autour des gares selon un concept unifié devenu une marque de fabrique japonaise.

PhotoDessin d'architecture du réaménagement du quartier autour de la gare de Bang Sue. Le concept repose sur la construction de plusieurs gares, d'immeubles de bureaux, d'hôtels, de centres commerciaux et de logements.

Avec l'urbanisation des pays en développement, un concept en particulier attire l'attention du monde entier : la coordination entre le développement des voies ferrées urbaines et l'aménagement des quartiers autour des gares, autrement dit entre le développement urbain et l'aménagement des zones à proximité des lignes ferroviaires*4. Pour réussir ce type de coordination, les transports en commun doivent être utilisés par de nombreuses personnes.

Avec la coopération du Japon, des travaux de construction sont en cours dans le cadre du projet de système de transport en commun de la ligne rouge. Le projet devrait aboutir à la mise en service de deux lignes en 2020. Il prévoit de relier sur 23 kilomètres le carrefour de Bang Sue, au nord du centre-ville de Bangkok, à Rangsit, dans la banlieue de la capitale. Dans le cadre de ce projet, la JICA a mené une étude sur le réaménagement du quartier de Bang Sue, montré des exemples concrets de projets similaires au Japon et contribué à la création d'un concept associant des bureaux, des hôtels, des centres commerciaux et des logements.

Soutien à des voies ferrées «sur mesure» adaptées aux besoins locaux et rendues possibles grâce à la coopération japonaise

M. Akiyama souhaite une poursuite de l'aide du Japon et de la JICA incluant la formation de ressources humaines et l'aménagement des quartiers des gares et des zones situées le long des lignes ferroviaires.

La JICA continuera de déployer un large éventail d'aides en appui aux projets ferroviaires «sur mesure» répondant aux besoins spécifiques des pays en développement.

*1 Selon l'article du site Nippon.com «Les "cinq génies de Chōshū" et la fondation d'un État moderne au Japon» de Hiroki Kashihara.


*2 Le projet de renforcement des capacités de transport entre Banana et Matadi s'est par la suite resserré sur le pont de Matadi. En raison de la détérioration de la situation économique du Zaïre et d'autres facteurs, la pose des rails et des traverses n'a pas pu être achevée. L'ouvrage reste à ce jour le seul véritable pont enjambant le fleuve Congo, et les technologies mobilisées pour sa construction ont été utilisées pour le deuxième pont du Bosphore et le pont Osmangazi en Turquie, ainsi que pour le pont de la rivière Irtysh au Kazakhstan.

*3 Créée en 1949, la Japanese National Railways (JNR), compagnie nationale des chemins de fer du Japon, constituait le principal moyen de transport dans le Japon d'après-guerre. Cependant, en raison de la concurrence intense des automobiles, des avions et d'autres modes de transport de voyageurs et de marchandises, la JNR est devenue déficitaire à partir de 1964. Le gouvernement japonais a mis en œuvre un plan de restructuration en quatre étapes dès 1968. En 1987, la JNR a été morcelée en six sociétés régionales de transport de voyageurs et une entreprise nationale de fret, toutes privatisées, constituant le groupe JR (Japan Railways).

*4 Aménagement axé sur les transports en commun (AATC ou TOD pour Transit-Oriented Development). L'AATC est un concept prometteur qui permet de construire des villes durables sans trop dépendre de l'automobile. Il s'inscrit dans une approche plus large dite des «infrastructures de qualité», dont le Japon est l'un des spécialistes. (Source : Ministère du Territoire, de l'infrastructure, du transport et du tourisme du Japon)

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