l'Agence Japonaise de Coopération Internationale

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Nouvelles du terrain

11 juillet 2022

Un projet de blockchain contribue à éliminer le travail des enfants (et à préserver l'éducation)


Les sucreries et les desserts à base de chocolat et de cacao après les repas ou pendant les pauses sont appréciés dans le monde entier. Cependant, peu de consommateurs sont informés qu'une grande partie du cacao ainsi utilisé est récolté par des enfants contraints de travailler au lieu d'aller à l'école. La JICA a récemment collaboré avec le groupe Deloitte Tohmatsu dans le cadre d'une initiative utilisant la technologie blockchain dans le but d'éradiquer le travail des enfants et de garantir leurs possibilités de scolarisation. Le projet s'est déroulé en Côte d'Ivoire, en Afrique occidentale, où de nombreux enfants travaillent pour soutenir le plus grand pays producteur de cacao au monde.

PhotoNombre d'enfants travaillant dans chaque région. Les chiffres entre parenthèses correspondent à la proportion d'enfants qui travaillent.


Le travail des enfants est en augmentation en Afrique : Un mineur sur cinq est maintenant impliqué.

L'Organisation interntationale du travail (OIT) estime qu'un enfant sur dix travaille. En Afrique, où le travail des enfants est le plus répandu, la proportion est de un sur cinq. Soixante-dix pour cent des enfants qui travaillent dans le monde sont engagés dans le secteur agricole, qui comprend la production de fèves de cacao et de café. La plupart d'entre eux participent également aux travaux domestiques, aident leurs parents et ne sont pas scolarisés. Parce qu'il prive les enfants de possibilités d'éducation, le travail des enfants est un problème mondial qui perdure. Bien qu'il soit en baisse dans la région Asie-Pacifique, en Amérique latine et dans les Caraïbes depuis 2016, il progresse en Afrique subsaharienne.

L'un des principaux problèmes liés au travail des enfants est qu'il les empêche d'aller à l'école. Priver les enfants de possibilités d'éducation limite considérablement leur accès futur à des emplois offrant un revenu suffisant.

La Côte d'Ivoire représente 43 % de la production mondiale de cacao. Selon les estimations, 38 % des enfants du pays âgés de 5 à 17 ans, et élevés dans des ménages producteurs de cacao, participent à l'exploitation cacaoyère.*1 Les raisons de la prolifération du travail des enfants sont multiples. Les nombreuses petites exploitations familiales de Côte d'Ivoire sont tributaires du travail des enfants, une pratique qui se transmet de génération en génération. Un autre facteur important est que les consommateurs demandent des produits toujours moins chers. Cependant, les coûts sont supportés par les agriculteurs, induisant une baisse de leurs revenus, que l'utilisation de la main-d'œuvre infantile contribue à réduire.


PhotoDes écoliers de la communauté rurale de Gagnoa, dans le centre-sud de la Côte d'Ivoire. Le taux d'inscription à l'école primaire d'Abidjan, la plus grande ville de Côte d'Ivoire, est de 91,1 % et le taux d'inscription au collège est de 62,4 %. En revanche, le taux de scolarisation dans les zones rurales est plus faible : 74,1 % pour les écoles primaires et 38,5 % pour les collèges. (D'après l'enquête régionale intégrée sur l'emploi et le secteur informel de 2017)


PhotoDes enfants suivent des cours dans l'école de la communauté rurale de Gagnoa. Le taux d'alphabétisation des personnes âgées de 15 ans et plus en Côte d'Ivoire s'est considérablement amélioré, passant d'un taux extrêmement bas de 43,9 % en 2014 à 89,9 % en 2019. Cependant, de nombreuses personnes dans les zones rurales ne savent toujours pas lire et écrire. (Extrait de l'Institut de statistique de l'UNESCO: http://uis.unesco.org/en/country/c) (en anglais)


Un système de dissuasion du travail des enfants basé sur la blockchain

Afin d'éliminer le travail des enfants, il est important de rendre transparent le processus de production du cacao. Cela permet aux acheteurs tels que les exportateurs, les détaillants et les consommateurs de prendre conscience des problèmes liés à la production, notamment le travail des enfants et la pauvreté des agriculteurs. Les acheteurs ainsi sensibilisés sont davantage enclins à privilégier un cacao durable à un prix supérieur (incitatif). Par conséquent, le fait de mieux rémunérer les agriculteurs n'employant pas de travailleurs mineurs améliore non seulement leurs revenus mais aussi leur qualité de vie future en libérant les enfants du travail afin qu'ils puissent recevoir une éducation.

PhotoLa chaîne d'approvisionnement actuelle (ci-dessus à gauche), dans laquelle les réseaux d'information entre les producteurs (par exemple, les agriculteurs) et les acheteurs (par exemple, les détaillants) ne sont pas interconnectés. La traçabilité des informations entre l'acheteur et le producteur n'est pas assurée. Il est donc impossible pour les détaillants, par exemple, de saisir la réalité des difficultés rencontrées dans les zones de production. L'objectif est d'établir une chaîne d'approvisionnement circulaire (ci-dessus à droite) dans laquelle les producteurs et les acheteurs partagent des informations en temps réel. La technologie blockchain permettrait d'assurer la traçabilité tout en préservant les informations.


La JICA a collaboré avec le groupe Deloitte Tohmatsu pour la mise en place d'un système de suivi du travail des enfants utilisant la technologie blockchain afin de rendre la situation actuelle plus transparente.

La blockchain permet à de nombreux participants de partager les mêmes données, et protège la fiabilité de toute information diffusée sur ce système. Cette technologie se caractérise par sa grande transparence et son faible coût de fonctionnement, car une fois enregistrées, toutes les données sont extrêmement difficiles à modifier et ne peuvent être effacées.

L'initiative a débuté sous la forme d'un projet pilote en novembre 2021 à Gagnoa, une communauté rurale située à 140 kilomètres au sud-ouest de Yamoussoukro, la capitale de la Côte d'Ivoire. Parmi les participants figuraient des producteurs parents d'enfants mineurs, des représentants d'organisations agricoles, des enseignants et d'autres membres du personnel de l'école, ainsi que l'équipe de suivi composée de responsables de Beyond Beans, une ONG qui s'efforce d'éradiquer la pratique du travail des enfants dans la culture du cacao en Afrique occidentale.

Dans un premier temps, les enseignants ont entré les données relatives à la fréquentation scolaire dans une base de données. En parallèle, les représentants des organisations d'agriculteurs enregistraient les informations sur l'utilisation de la main d'œuvre infantile dans leurs exploitations. Si deux entrées corrélées ne correspondaient pas, l'équipe de suivi interrogeait les deux parties et effectuait des visites sur le terrain avant de corriger les entrées de la base de données. Ensuite, les commerçants locaux ont acheté à un prix supérieur les fèves de cacao produites par les groupes d'agriculteurs présentant un faible taux de travail des enfants et un taux élevé de fréquentation scolaire. Dans le même temps, les écoles ont été récompensées pour l'exactitude de leurs informations par une aide pour l'entretien et la rénovation des installations scolaires, l'amélioration des repas scolaires et la fourniture de matériel pédagogique.

Comme incitation supplémentaire, l'équipe du projet a remis de l'argent ou des fonds mobiles aux organisations d'agriculteurs au nom des opérateurs. Les détaillants et les consommateurs n'ont pas pris part à ce projet pilote ; toutefois, la base de données sera accessible à l'avenir par des codes QR ou d'autres moyens indiqués sur les produits, ce qui permettra aux acheteurs de vérifier instantanément les informations enregistrées dans la base de données. En utilisant la technologie blockchain et sa base de données, les producteurs et les acheteurs sont assurés de partager des informations avec un haut niveau de sécurité. L'application de la technologie blockchain devrait également s'étendre à l'avenir pour fournir des informations sur les services financiers (tels que les paiements et les prêts) qui sont disponibles pour les agriculteurs.

PhotoLe flux d'entrée des données et les incitations avec un système utilisant la technologie blockchain


PhotoLe chef d'un groupe d'agriculteurs locaux (tenant des cabosses de cacaoyer) reçoit un terminal informatique dans lequel des données seront régulièrement saisies.


PhotoL'équipe de suivi vérifie les informations dans la base de données à l'aide d'un terminal.


Une démonstration réussie : «Nous voulons que nos enfants aillent à l'école.»

ONO Miwa de Deloitte Tohmatsu Consulting était chargée de l'enquête sur le terrain. «Les agriculteurs et les écoles à qui nous avons demandé de participer à cette expérience nous ont beaucoup soutenus», a-t-elle déclaré. Outre leur curiosité pour cette idée novatrice, nombre d'entre eux étaient impatients de voir diminuer le travail des enfants. La sensibilisation mondiale au travail des enfants s'est accrue. Les entreprises européennes et américaines actives dans le secteur du chocolat doivent certifier qu'elles utilisent du cacao récolté sans travail des enfants. Elles ont mis en place des programmes visant à éliminer le travail des enfants et à améliorer les revenus des agriculteurs. Le gouvernement de la Côte d'Ivoire est également conscient du problème et prend des mesures telles que la déclaration régulière de la situation du travail des enfants, contrôlée par les ONG et les volontaires locaux qui patrouillent dans les zones agricoles. Avant ce projet pilote, la société de gestion agricole qui s'est impliquée mettait déjà en œuvre un programme visant à éradiquer le travail des enfants dans la région, de sorte que la sensibilisation à cette question s'est étendue aux agriculteurs également.

Les résultats du projet pilote ont prouvé l'efficacité du système. Le taux d'implication des groupes d'agriculteurs a été de 100 %, tandis que le taux d'implication des écoles a atteint 95,6 %. Lorsque les données enregistrées étaient incohérentes, l'équipe de suivi a interrogé les enfants et leurs parents, qui ont confirmé que la plupart des incohérences étaient dues à des erreurs de saisie ou d'application. Le travail des enfants a été révélé dans trois cas sur 2 366 demandes (103 demandes n'ont pas été faites en raison de l'environnement de communication de l'école ou d'une charge de travail excessive).

FUJINO Kojiro, représentant en chef du bureau de la JICA en Côte d'Ivoire, a participé à l'enquête. «À notre avis, ce système est viable d'un point de vue technique», a-t-il déclaré. «Nous pensons qu'il améliorera la fiabilité des rapports sur le travail des enfants grâce à un suivi plus efficace et plus précis de celui-ci par rapport aux méthodes conventionnelles qui reposent sur la main-d'œuvre.» Puis il a évoqué les besoins de la communauté. «La vérité est que les agriculteurs ambitionnent de scolariser leurs enfants et que ces derniers le désirent tout autant», a-t-il souligné. «L'éducation est essentielle pour améliorer leur vie. Libérés du travail, ils peuvent aller à l'école. Il est important de mettre en place des incitations pour y parvenir.»

PhotoMme Ono de Deloitte Tohmatsu Consulting (rangée du bas, troisième à partir de la gauche) pose avec l'équipe de recherche et les agriculteurs qui ont participé à l'expérience de démonstration.


PhotoM. Fujino de la JICA (au centre) s'entretient avec des agriculteurs qui ont participé au projet.


Rendre le système durable

Quelques problèmes ont émergé au cours de cette enquête sur le terrain. Les conditions de communication n'ont pas toujours permis la saisie des données sur l'application. De ce fait, il est prévu d'améliorer l'application afin que les informations quotidiennes puissent être enregistrées même dans les zones où la communication est mauvaise. En outre, afin de pérenniser l'implication des communautés, il est important de mettre en place des mesures incitatives pour les agriculteurs qui ne pratiquent pas l'exploitation des enfants en vue d'améliorer leurs revenus, par exemple, en leur garantissant un prix d'achat plus élevé de leurs produits.

Une enquête auprès des consommateurs menée au Japon parallèlement au projet pilote a révélé que les adolescents sont le segment de population le plus intéressé par l'achat de chocolat durable. La raison la plus souvent citée est la lutte contre la pauvreté et la coopération internationale (près de 35 %), suivie par le désir de sauvegarder les droits des producteurs de cacao (31 %). Ces résultats indiquent une forte sensibilisation des adolescents au désir de produits durables. En outre, certaines personnes sont prêtes à dépenser 1,2 à 2 fois plus pour des produits durables. Cependant, la sensibilisation aux objectifs de durabilité est globalement faible. Il faut donc mieux informer les consommateurs sur les réalités des zones de production et les encourager à acheter des produits plus équitables à des prix plus élevés. Les recettes générées par les achats des consommateurs à des prix supérieurs permettront d'augmenter les revenus des agriculteurs, de protéger les possibilités d'éducation de leurs enfants et de créer une «chaîne du bonheur».

PhotoPourcentage de consommateurs de chocolat durable au Japon qui vérifient le label de certification durable au moment de l'achat, par groupe d'âge. Près de la moitié des adolescents interrogés ont déclaré qu'ils vérifiaient la marque avant d'acheter - un ratio remarquablement élevé par rapport aux autres groupes d'âge. (D'après une enquête en ligne réalisée du 29 octobre au 1er novembre 2021. Cette enquête a porté sur au moins 100 personnes de chaque groupe d'âge ; un total de 1 400 participants)


Les résultats obtenus ont suscité l'intérêt des agences gouvernementales et des entreprises de Côte d'Ivoire pour ce système de suivi en tant que méthode novatrice de contrôle du travail des enfants, et elles prévoient de l'utiliser dans d'autres projets. Il est également envisagé d'étendre ce système à d'autres programmes visant à éliminer l'exploitation des mineurs et à améliorer les revenus des agriculteurs, contribuant ainsi à l'avènement d'une société durable et positive où les enfants sont libérés du travail et ont accès à l'éducation.

WAKABAYASHI Motoharu, directeur général adjoint du département Afrique de la JICA, a évoqué la perspective d'un déploiement plus important de ces systèmes de traçabilité basés sur la blockchain à l'avenir.

«En enregistrant l'origine des ressources minérales et du bois et en distribuant des produits respectueux des libertés individuelles et de la légalité, nous pouvons protéger les droits de l'homme, et nous pouvons également travailler ensemble pour prévenir la corruption en rendant les procédures administratives transparentes via la blockchain», a-t-il déclaré. «La technologie est un outil essentiel pour relever de nombreux défis en Afrique. La JICA entend continuer à apporter son soutien en mettant la technologie au service des questions sociales.»

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