Relever le défi de la crise de l’eau en Afrique : l’expérience d’une volontaire de la JICA qui a transformé sa vie

[Goal 3] Good Health and Well-Being
SDGs
[Goal 6] Clean Water and Sanitation
SDGs

2026.08.25

Les Volontaires japonais pour la coopération à l’étranger (JOCV) œuvrent pour résoudre divers problèmes sociaux dans les pays en développement. De retour au Japon, nombre d'anciens volontaires mettent à profit leur expérience pour créer une nouvelle valeur au service de la société. Lors de la 4e édition de la Distinction JOCV pour la contribution à la société (JOCV Commendation for Giving Back to Society), organisée en juin, le grand prix a été décerné à Tsuboi Aya, qui travaille à la résolution des défis liés à l’eau en Ouganda.

Au cours de sa mission de volontaire, Mme Tsuboi s’est confrontée au problème de l’entretien et de la gestion des puits. Elle a mis au point un système permettant de percevoir les redevances d’utilisation des puits grâce au mobile money. Cette expérience l’a finalement conduite à créer sa propre entreprise, et elle continue aujourd’hui à soutenir les initiatives visant à améliorer l’accès à une eau potable sûre.

Tsuboi Aya (à gauche) s’attaque aux défis liés à l’eau en Ouganda (Photo fournie par Tsuboi)

Mettre l’expérience acquise au sein des JOCV au service de la société

La Distinction JOCV pour la contribution à la société récompense d’anciens volontaires qui mettent à profit l’expérience et les compétences acquises au cours de leur mission pour relever des défis au Japon et à l’étranger. Pour cette quatrième édition, six anciens volontaires, dont Tsuboi, ont été sélectionnés.

Les lauréats œuvraient dans des domaines variés, allant de la revitalisation régionale à l’éducation. Parmi eux figuraient notamment une ancienne volontaire ayant développé au Malawi un modèle commercial visant à accroître les revenus des agriculteurs grâce à la fabrication et à la vente d’accessoires textiles, ainsi qu’une autre personne qui, forte de son expérience d’enseignement de japonais au Brésil, soutient au Japon la scolarisation d’enfants issus de l’immigration. Parmi les six lauréats, Tsuboi a reçu le grand prix.

Lauréats de la 4e édition de la Distinction JOCV pour la contribution à la société

Prix Lauréat(e) Intitulé du projet
Grand prix – Prix de la pratique de la coopération au développement Tsuboi Aya Réaliser une gestion durable des installations hydrauliques grâce à la collaboration Afrique-Japon
Prix de la revitalisation régionale Takahashi Fumihiko Le défi d’un petit zoo dans une région confrontée au dépeuplement
Prix de la coexistence multiculturelle Ochi Sayaka Pratiques communautaires de coexistence multiculturelle favorisant l’épanouissement et l’éducation d’enfants issus de l’immigration
Prix de la coexistence multiculturelle Kawakami Kimie Mise en œuvre d’une éducation à la coexistence multiculturelle à Nishio, dans la préfecture d’Aichi
Prix spécial du jury Tanaka Hisakazu Promotion de l’éducation aux ODD de Kimitsu (compréhension internationale, enjeux environnementaux et régionaux, lien entre montagnes, rivières et mers)
Prix de l’entrepreneuriat Msukwa Nohara Un modèle 100 % malawite générant des revenus pour les agriculteurs et créant de la valeur au sein de l’économie locale

Dans son discours de remerciement, Tsuboi a déclaré : « Je suis profondément honorée de recevoir le grand prix. Participer au programme des JOCV a été bien plus qu’un simple tournant dans ma vie. Cette expérience a véritablement transformé ma vie. En me rendant sur le terrain (en tant que volontaire des JOCV), j’ai pu comprendre, du point de vue des populations locales, pourquoi ces problèmes se produisaient et réfléchir avec elles à des solutions. Je suis convaincue que ces expériences n’ont été possibles que grâce au programme JOCV. »

Tsuboi prononce son discours

Tsuboi a commencé à s’intéresser aux questions sociales alors qu’elle travaillait pour un grand fabricant d’électronique et participait à un atelier organisé au sein de son entreprise. En élaborant des idées d’affaires destinées à répondre aux défis rencontrés dans les pays en développement, elle dit avoir pris conscience des limites de cette approche : « Sans une compréhension approfondie des réalités locales, je ne pouvais formuler que des propositions générales manquant de concret. »

Cette prise de conscience lui a donné envie de mieux comprendre la situation sur le terrain et l’a amenée à présenter sa candidature au programme des JOCV. En 2018, elle a été envoyée en mission en Ouganda.

Le problème émergent de la gestion non durable des infrastructures d’eau

En Ouganda, Tsuboi a été confrontée au défi de l’entretien et de la gestion des puits. Avant même son départ, elle avait déjà pris conscience de la gravité du problème grâce aux rapports rédigés par d’anciens membres des JOCV et à d’autres sources d’information. Mais lorsqu’elle a vu de ses propres yeux des puits laissés hors service et des habitants contraints de s’approvisionner en eau insalubre, son désir d’agir s’est encore renforcé.

Estimant qu’il fallait collecter auprès des habitants les fonds nécessaires aux réparations, Tsuboi a décidé de se rendre dans les villages pour recueillir les contributions destinées à l’entretien des puits.

Cependant, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. « C’est mon mari qui gère tout l’argent », « J’ai besoin de cet argent pour payer les frais de scolarité de mes enfants », « Je n’ai pas d’argent en ce moment ». Pour diverses raisons, les habitants refusaient de contribuer. Même après avoir visité plus d’une centaine de foyers, elle n’avait réuni qu’une somme modeste. « On me donnait toujours une raison ou une autre, puis je passais à la maison suivante, encore et encore. Pour être honnête, j’étais épuisée et je me suis dit que je ne pourrais pas continuer ainsi », se souvient-elle.

Elle a alors décidé de créer des occasions de dialogue avec les habitants. Au fil de ces échanges, elle a compris que le problème n’était pas tant l’incapacité de payer que l’absence de volonté de le faire.

Réunion communautaire en Ouganda (Photo fournie par Tsuboi)

« C’est injuste que je sois le seul à payer alors que les autres ne paient pas », « Je crains que l'argent ne soit détourné même si je paie. » Au fil de ces échanges, Tsuboi a compris que les habitants jugeaient le système de collecte injuste et qu’ils se méfiaient des paiements en espèces.

Pour remédier à ce problème, elle a imaginé SUNDA, un système de prépaiement des frais d’utilisation de l’eau combinant le mobile money à une tarification à l'usage. Lorsque les utilisateurs créditent leur compte de mobile money à l'aide de leur téléphone portable, l'information est enregistrée sur un badge d'identification dédié. En présentant ce badge devant un dispositif SUNDA installé sur le puits, le montant correspondant au volume d'eau puisé est automatiquement déduit de leur solde. Ce système a permis de collecter les redevances de manière efficace et d'assurer des réparations rapides en cas de panne des puits.

Tsuboi a recherché sur place un ingénieur capable de concevoir et de mettre en œuvre un tel système. Elle a enchaîné les prototypes et les échecs, mais a refusé d'abandonner. Grâce à sa persévérance, elle est finalement parvenue à installer la première unité sur un puits peu avant la fin de sa mission d'un an.

« Une fois SUNDA installé, les réactions des habitants ont été très positives et nous avons commencé à collecter des fonds. Comme le puits pouvait être réparé rapidement chaque fois qu'il tombait en panne, les habitants appréciaient de pouvoir l'utiliser en toute tranquillité », se souvient Tsuboi.

Comment un nouveau système a transformé la communauté

Un puits équipé du système SUNDA. Un compteur d’eau relié à la pompe est connecté au système de mobile money, permettant aux usagers de ne payer que pour la quantité d’eau qu’ils puisent (Photo fournie par Tsuboi)

Grâce à l’introduction de SUNDA, des puits qui étaient restés hors service ont pu être réparés, permettant aux habitants de bénéficier d’un accès continu à une eau salubre. Les enfants qui devaient auparavant parcourir plusieurs kilomètres pour aller chercher de l’eau ont pu fréquenter l’école. Les risques d’être attaqué par des animaux sauvages ou d’être victime d’actes criminels lors des trajets pour s’approvisionner en eau ont également diminué.

L’un des habitants décrit ce changement en ces termes :

« Le village a complètement changé. Autrefois, certaines élèves tombaient enceintes après avoir été agressées sexuellement alors qu’elles allaient chercher de l’eau, et étaient contraintes d’abandonner leurs études. Mais aujourd’hui, ce genre d’incident ne se produit plus. »

Même après la fin de sa mission en tant que volontaire du JOCV, SUNDA a continué d’être utilisé localement. Tsuboi avait effectué sa mission tout en conservant son emploi au sein d’un grand fabricant d’électronique et, à son retour au Japon, elle devait reprendre son poste. Toutefois, si elle réintégrait son entreprise et cessait de s’investir dans le projet SUNDA, il existait un risque que la situation revienne à ce qu’elle était auparavant. Tsuboi a alors été confrontée à un choix difficile : rester dans cette grande entreprise d’électronique ou démissionner pour poursuivre le projet sous une forme entrepreneuriale.

Animée par la conviction que « si je m’arrêtais là, je trahirais les personnes qui étaient si heureuses de ce que nous avions accompli », Tsuboi a décidé de quitter son emploi. Elle a fondé Sunda Technology Global et a choisi de poursuivre cette initiative sous forme d’entreprise.

Elle a ensuite installé sa base en Ouganda et a lancé pleinement ses activités avec des collègues rencontrés durant son volontariat JOCV. De nombreux obstacles ont jalonné son parcours, notamment une forte opposition des villageois à l'installation du système SUNDA et des difficultés d'approvisionnement en certaines pièces détachées en Ouganda. Tsuboi explique que son équipe et elle ont recherché ensemble des solutions, menant patiemment le dialogue avec les habitants afin d’obtenir leur compréhension, tout en se procurant au Japon et en Chine les composants introuvables en Ouganda.

Leurs efforts ont porté leurs fruits. À ce jour, plus de 300 unités SUNDA ont été installées à travers l’Ouganda, permettant à de nombreuses personnes d’accéder à une eau salubre. Pour l’avenir, Tsuboi affirme vouloir renforcer les partenariats avec des entreprises et des organisations afin d’accélérer encore le déploiement du système.

L’expérience acquise par Tsuboi en tant que volontaire du JOCV et les liens qu’elle a noués avec les personnes rencontrées pendant son volontariat, ont profondément changé le cours de sa vie. Elle a notamment consulté à de nombreuses reprises d’autres volontaires envoyés en Ouganda à la même époque qu’elle afin de réfléchir aux moyens de collecter les redevances d’utilisation des puits par le biais du mobile money. Selon elle, les conseils de ces collègues ont été extrêmement précieux pour la mise au point du système SUNDA.

À l’attention de celles et ceux qui envisagent de rejoindre le programme JOCV à l’avenir, Tsuboi adresse le message suivant : « Je suis convaincue que le programme JOCV offre des expériences et des rencontres que l’on ne peut vivre nulle part ailleurs. Pour tirer le meilleur parti de cette opportunité, il est important, selon moi, de se lancer avec une idée claire de ce que l’on souhaite accomplir. Plus votre objectif sera précis, plus l’expérience sera enrichissante. L’opportunité offerte par le programme JOCV est véritablement unique. Si cela vous intéresse, j’espère que vous relèverez ce défi en gardant à l’esprit vos propres objectifs. »

Tsuboi (à gauche) aux côtés du président de la JICA, Tanaka Akihiko, tenant son diplôme de lauréate du grand prix de la 4e édition de la Distinction JOCV pour la contribution à la société

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