Iga Daiki
Édition de la version française : Jérôme Pace
(À Niamey, des déchets transformés en engrais sont utilisés pour restaurer des terres dégradées et reverdir le désert/Photo : Oyama Shuichi)
Série : L’Afrique en ligne de mire
À l’approche de la neuvième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 9), organisée du 20 au 22 août 2025 à Yokohama, au Japon, la JICA partage une série de récits explorant les défis et les promesses du continent africain. Une série dont l’objectif est de mettre en lumière la mission de la JICA, tout en rendant hommage aux efforts, idées et potentiels locaux. Ce huitième épisode traite du changement climatique et de la prévention des catastrophes.
L’Afrique est souvent décrite comme une terre d’espoir : un continent riche en énergies, en talents et en potentiels inexploités. Des villes en pleine effervescence aux villages les plus reculés, les occasions de croissance et de développement social sont partout. Pourtant, le quotidien de millions de personnes reste marqué par des réalités plus dures : une dégradation environnementale sévère, une pauvreté persistante, la faim et des conflits qui transforment l’optimisme en lutte.
Pour la JICA, l’Afrique n’est pas simplement une région parmi d’autres sur la carte, mais un partenaire essentiel dans ce combat. Experts, volontaires et professionnels japonais travaillent sur le terrain, aux côtés des communautés locales et de la JICA, pour relever ces défis.
Mozambique : promouvoir la collecte des déchets marins et faire du pays le plus propre d’Afrique sur le plan maritime
Le Mozambique a changé la vie de Yasui Takuya. Arrivé une première fois sur place en 2017, comme volontaire de la JICA, le jeune homme y passe deux ans à s’attaquer aux problèmes urgents de gestion des déchets. Une mission de courte durée durant laquelle il rencontre non seulement la femme qui deviendra sa partenaire de vie, mais également un ami avec lequel il s’associera dans des projets de lutte contre les déchets marins.
S’étendant le long de la côte sud-est du continent africain, le Mozambique conquit rapidement le jeune homme : si les températures estivales peuvent grimper jusqu’à 35 °C, la chaleur reste moins oppressante qu’au Japon ; malgré quelques désagréments occasionnels, comme des coupures d’électricité, les habitants y sont chaleureux et accueillants ; enfin, à sa grande surprise, il peut même trouver des ingrédients japonais comme du riz ou du miso.
Une fois sa mission de volontariat achevée, Yasui Takuya rentre au Japon. Cependant, lorsque sa partenaire – devenue ensuite son épouse et membre du personnel de la JICA – est affectée au Mozambique, il doit faire un choix : rester au Japon ou repartir vers ce pays qu’il a appris à aimer. Le choix est simple en réalité : il refait ses valises et repart.
De la même façon, un autre moment décisif de son parcours intervient lors de la TICAD 7, en 2019, où il rencontre Egawa Yuki, un ancien volontaire de la JICA engagé, lui aussi, dans la lutte contre les déchets marins. Mus par leur passion commune, les deux hommes décident d’unir leurs forces : ensemble, ils fondent l’ONG Clean Ocean Ensemble.
(Collecte de déchets marins grâce à un dispositif de récupération/Photo : Yasui Takuya)
Selon le rapport Global Plastic Outlook 2022 de l’OCDE, la quantité cumulée de déchets plastiques marins dans le monde atteignait environ 30 millions de tonnes en 2019. Des projections de la Fondation Ellen MacArthur et du Forum économique mondial estiment qu’en 2050, si la tendance se poursuit, le poids du plastique dans les océans pourrait dépasser celui de tous les poissons réunis.
De plus, la collecte des déchets marins joue aussi un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique. En effet, les océans sont souvent appelés « les poumons de la Terre » pour leur rôle dans l’absorption des gaz à effet de serre : en retirant les déchets, on permet ainsi à davantage de lumière de pénétrer dans l’eau, ce qui favorise la croissance des algues marines et renforce la capacité des océans à capter ces gaz. Par ailleurs, prévenant également de certains accidents, comme l’enchevêtrement des hélices de bateaux de pêche, cela contribue à réduire les risques de catastrophe.
Guidée par sa vision d’« un monde sans déchets marins », Clean Ocean Ensemble développe des dispositifs innovants de collecte, conçus pour être abordables, adaptables à différents contextes et utiles aussi bien au recyclage qu’au nettoyage.
Le système repose sur un filet spécialement conçu, d’environ un mètre sur trente, déployé à la surface de l’eau pour capturer efficacement les déchets flottants. Un espace est laissé entre le filet et le fond marin pour permettre aux poissons de circuler librement, tout en ne retenant que les déchets et les algues porteuses de microplastiques. Le dispositif fonctionne grâce aux courants de marée, sans électricité, bien que l’organisme ait aussi testé la traction des filets par bateau.
Lors de son lancement, une question a notamment occupé l’équipe de développement du dispositif : ce dernier, créé et testé au Japon, peut-il être adapté avec succès à l’étranger ?
Yasui Takuya, en tant que membre du conseil de Clean Ocean Ensemble, est alors chargé d’un essai au Mozambique. Exécuté en avril dernier, ce dernier rencontre plusieurs obstacles : chaque appareil coûte environ 200 000 yens, une dépense lourde pour les habitants ; son installation nécessite l’achat de matériaux comme des filets de pêche et un assemblage minutieux ; expliquer son fonctionnement aux communautés locales n’est pas simple et les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes ; etc.
(Yasui Takuya et le personnel local participant aux essais pilotes au Mozambique/Photo : Yasui Takuya)
Enfin, certains défis étaient inimaginables au Japon : là-bas, les dispositifs peuvent rester dans l’eau pendant deux semaines, mais au Mozambique, ils doivent être retirés chaque soir pour éviter les vols ; la collecte dans les rivières représente un autre danger caché, des mines, vestiges probables de la guerre civile (1977-1992), étant encore présentes le long de certaines berges.
Pour lancer le projet, de longues négociations ont été nécessaires avec les autorités publiques et les instances de pêche locales. Toutefois, l’expérience acquise par Yasui Takuya en tant que volontaire de la JICA a été déterminante : grâce à son réseau, il a su naviguer dans la bureaucratie et concrétiser l’initiative. Autre argument déterminant : bien que le portugais soit la langue officielle du Mozambique, le jeune homme a vite découvert que l’usage de salutations dans les langues vernaculaires du pays adoucissait les visages et facilitait les échanges.
Yasui Takuya a quitté le Mozambique en août, à la fin de la mission de son épouse. Le projet – qu’il affirme avoir mené avec l’aide de nombreuses personnes, de la construction des dispositifs à la collecte des déchets – a été transmis à une ONG locale. Pour l’avenir, il espère que le pays deviendra « le plus engagé d’Afrique dans la lutte contre les déchets marins ».
Niger : un projet « magique » qui s’attaque simultanément aux déchets et à la désertification
Au départ, beaucoup pensaient qu’il serait impossible de résoudre à la fois les problèmes de déchets et la désertification. Pourtant, sous la direction du professeur Oyama Shuichi, des déchets urbains ont été répandus sur des terres arides. Très vite, l’herbe a commencé à pousser, permettant au bétail de paître et aux cultures de s’épanouir. Face à ces résultats, les communautés locales ont peu à peu adhéré à cette initiative qui paraissait presque magique.
Chercheur à l’Université de Kyoto et directeur du Projet sur la circulation de la matière organique à l’Institut de recherche pour l’humanité et la nature, le professeur a lancé ce projet au Niger, situé dans la région semi-aride du Sahel, au sud du Sahara, en 2015. Aujourd’hui, il s’étend à cinq pays au total, dont Djibouti, l’Ouganda, la Zambie et le Ghana, avec au moins un gouvernement qui envisage de l’adopter comme programme national officiel.
(Transformation de terres arides en sols fertiles grâce à l’épandage de déchets recyclés. Évolution du terrain : en haut à gauche → en haut à droite → en bas à gauche → en bas à droite/Photo : Oyama Shuichi)
Plusieurs questions viennent naturellement à l’esprit. Par exemple : « Les déchets contiennent-ils des substances nocives ? » Et, si oui : « Le sol ne risque-t-il pas d’être contaminé ? » Au Niger, la situation est particulière : les métaux et bouteilles en PET sont déjà récupérés par les chiffonniers. Le reste des déchets est constitué en grande partie de sable (50 %), de feuilles mortes et de restes de légumes (30 %), de carton (10 %) et de plastique (10 %). Contre toute attente, le plastique joue même un rôle utile dans le développement du projet : il aide à retenir l’humidité du sol et sert d’abri aux termites, qui sont essentiels pour reverdir les terres. En d’autres termes, les déchets peuvent être utilisés tels quels.
À partir de septembre 2021, et pendant trois ans, le professeur Oyama Shuichi, qui n’avait à son arrivée aucun réseau au sein des administrations et avait dû repartir de zéro, a bénéficié du soutien du Projet de coopération technique de proximité de la JICA au Niger.
Sans ambassade du Japon sur place et avec très peu de résidents japonais, le bureau de la JICA y était minuscule, composé de seulement quatre employés, dont le représentant-résident. Toutefois, grâce à l’appui de ces agents sur place, le chercheur a pu organiser des présentations devant des responsables gouvernementaux, puis intervenir lors de forums internationaux, élargissant progressivement ses contacts. Le véritable tournant est venu lorsqu’il a été présenté à de hauts responsables du ministère de l’Environnement, ce qui a accéléré la mise en œuvre du projet. Avec le recul, Oyama Shuichi estime que cet accueil positif est le fruit de la confiance de longue date que la JICA a su instaurer grâce à une coopération continue avec le pays.
(Le professeur Oyama Shuichi et le personnel local d’un projet de restauration de terres dégradées au Niger/Photo: Oyama Shuichi)
En effet, la JICA entretient une histoire de coopération de plus de soixante ans avec le Niger. Son prédécesseur, l’Agence de coopération technique à l’étranger, y avait commencé à fournir une assistance technique dès 1965. Aujourd’hui encore, la JICA travaille en étroite collaboration avec les communautés locales dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture, du développement rural ainsi que dans les efforts visant à préserver la paix et la stabilité dans toute la région sahélienne.
Si les membres japonais du personnel sont généralement affectés à une localité pour deux à trois ans avant d’être mutés ailleurs, les employés locaux restent souvent bien plus longtemps sur les projets. Après le coup d’État de 2023, le gouvernement japonais a notamment ordonné l’évacuation de ses ressortissants, forçant les employés japonais à quitter le pays et obligeant le bureau de la JICA à réduire ses activités. Malgré ces difficultés, les agents nigériens poursuivent leur travail. Leur engagement témoigne de la confiance que la JICA a su bâtir au fil des années auprès des communautés : « La confiance se construit dans la durée. La “marque” internationale du Japon n’est peut-être pas encore pleinement reconnue, mais ses activités menées patiemment sur le terrain renforcent sans aucun doute la crédibilité du pays », observe Oyama Shuichi.
Pour lui, les divisions croissantes dans le monde trouvent souvent leur origine dans la faim et la pauvreté. Sur le continent africain, la désertification progresse rapidement dans les zones qui bordent le Sahara. La surexploitation des terres aggrave leur dégradation, contraignant les habitants à migrer vers les villes ou à l’étranger pour survivre. Ces migrations alimentent inévitablement les tensions sociales.
Mais lorsque la végétation renaît sur des terres autrefois stériles, les troupeaux peuvent paître, les cultures pousser et être vendues, et les moyens de subsistance s’améliorent. « Cela réduit d’autant la nécessité de migrer », explique le professeur. Au Niger, même de petits différends – comme un bétail broutant l’herbe d’un voisin – dégénèrent parfois en conflits meurtriers, faisant des dizaines de victimes. Un cas a même coûté la vie à près de cent personnes. « Un sol fertile », souligne-t-il, « peut éviter de telles tragédies ».
Les défis du Niger reflètent aussi certaines réalités auxquelles le Japon est confronté. Si la désertification n’y est pas une menace, la gestion des déchets urbains reste un problème pressant. Oyama Shuichi espère qu’une partie de ces déchets pourra être recyclée dans des systèmes respectueux de l’environnement. Un accomplissement qui, s’il venait à devenir réalité, démontrerait que des solutions expérimentées en Afrique peuvent aussi inspirer le Japon.
Plus précisément, l’engagement du professeur trouve ses racines dans son enfance, lorsqu’il découvre l’ampleur de la désertification au Sahel. « Cela a été un choc. Même enfant, j’ai ressenti le désir d’agir. » Si sa carrière ne l’a pas conduit immédiatement vers ce terrain, il voit aujourd’hui son lien avec le Niger comme une évidence. Le 3 août 1960, jour de l’indépendance du pays, coïncide notamment avec sa propre date de naissance. Pour l’homme, ce n’est pas une simple coïncidence, mais bien une destinée.
Éthiopie : mettre à profit la recherche japonaise pour lutter contre l’érosion des sols
Birhanu Kebede, chercheur à l’Université de Bahir Dar en Éthiopie, a passé trois ans à l’Université de Tottori (2017-2020), au Japon, grâce à une bourse du programme SATREPS (Partenariat scientifique et technologique pour le développement durable), soutenu par la JICA et d’autres institutions. Un séjour durant lequel il étudie les contre-mesures contre l’érosion des sols.
Au cours de ses recherches au Japon, l’homme a exploré différentes solutions et a réussi à démontrer que des amendements du sol tels que le polyacrylamide (un composé polymère), le gypse, la chaux et le biochar pouvaient améliorer la rétention d’eau des sols, réduire le ruissellement de surface et prévenir la perte de terres arables.
L’Éthiopie est l’un des pays les plus durement touchés par l’érosion des sols. Les pluies abondantes y emportent la couche superficielle, riche en nutriments, rendant les cultures difficiles. Combinée à une forte croissance démographique, cette crise environnementale pousse de nombreux jeunes à abandonner l’agriculture pour migrer vers les villes ou l’étranger, à la recherche d’une vie meilleure.
(Érosion des sols en Éthiopie/Photo : Birhanu Kebede)
Birhanu Kebede avertit que le changement climatique risque d’aggraver le problème. La hausse des températures et les pluies irrégulières rendent les tempêtes violentes et imprévisibles plus fréquentes, tandis que la déforestation généralisée – due à la demande de bois pour le combustible et la construction – accélère encore davantage la perte des sols. « À la suite de la TICAD 9, il y aura des opportunités pour appliquer les technologies et l’expertise japonaises afin d’aider à résoudre le problème croissant de l’érosion des sols en Afrique », explique-t-il.
Lors de ses études au Japon, le chercheur a aussi été frappé par l’abondance de la végétation et espère qu’en Éthiopie, avec ses vastes étendues de terres nues, un paysage similaire pourra se développer. Au-delà des technologies environnementales, il a également assimilé des leçons sur la gestion du temps, l’éthique du travail et la considération pour autrui, et, sur un ton plus léger, développé un goût particulier pour la cuisine japonaise, notamment les sushis et le karaage (poulet frit à la japonaise).
La JICA se concentre sur le changement climatique, la réduction des risques de catastrophe et le soutien agricole en Afrique
Le continent africain est largement considéré comme l’une des régions les plus vulnérables aux impacts du changement climatique, en partie à cause de la fragilité de ses infrastructures sociales. La hausse des températures et les conditions météorologiques imprévisibles provoquent des catastrophes fréquentes, entraînant des pertes de récoltes, des pénuries alimentaires, la pauvreté et même des conflits sociaux.
Avec une population actuellement estimée à environ 1,5 milliard d’habitants – et en forte croissance – les enjeux sont considérables. Sans amélioration des conditions de vie et de la préparation aux catastrophes, des migrations massives des zones rurales vers les villes, ou d’un pays à un autre, pourraient accroître les tensions sociales et intensifier les conflits internationaux.
Pour la JICA, soutenir des mesures liées au changement climatique en Afrique est une priorité. Entre 2021 et 2024, l’organisation a lancé, sur l’ensemble de ses programmes, 443 projets portant sur le climat, avec un financement total atteignant 394,2 milliards de yens (voir graphique).
Le secteur agricole concentre le plus grand nombre d’initiatives d’adaptation au climat, avec pour objectifs d’augmenter la production alimentaire pour 250 millions de personnes, d’améliorer la nutrition de 270 000 individus, de former chaque année 50 000 spécialistes de la culture du riz et d’augmenter le revenu moyen d’un million de petits exploitants agricoles d’ici 2030.
Les populations urbaines croissent également rapidement. Pour renforcer la résilience face au climat, la JICA prévoit de soutenir davantage l’adaptation urbaine, notamment par le développement des infrastructures, la planification urbaine et la gestion des déchets, en tenant compte des impacts du changement climatique.
« En Afrique, le défi va au-delà de l’agriculture et du développement urbain pour inclure les ressources en eau, la réduction des risques de catastrophe et d’autres domaines critiques », explique Usui Yukichi, responsable du groupe « Gestion de l’environnement et changement climatique » au département « Environnement mondial » de la JICA. « Les efforts doivent réduire la vulnérabilité face au changement climatique et limiter les émissions de gaz à effet de serre sur le moyen et long terme, tout en favorisant un développement durable. Le soutien du secteur public ne suffit pas : la participation du secteur privé est essentielle. Par exemple, les machines agricoles japonaises sont très appréciées en Afrique pour leur durabilité, et les voitures japonaises y sont largement utilisées. »
Le soutien de la JICA à l’Afrique dépasse l’aide financière du gouvernement japonais. Il repose entre autres sur le développement de partenariats public-privé pour apporter les technologies japonaises sur le continent – souvent appelé la « dernière frontière ». Usui Yukichi, qui a rejoint la JICA en tant que jeune diplômé et a passé près de dix ans en Afrique, a pu observer de près les défis et les forces du continent. À l’approche de la TICAD 9, il espère que l’événement favorisera des liens globaux significatifs et des rencontres durables bénéfiques pour l’avenir de l’Afrique.
(Soutien de la JICA aux mesures liées au changement climatique en Afrique subsaharienne, cumul 2021–2024 ; unités : 100 millions de yens/Source : JICA)
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