Le pouvoir des volontaires de la JICA – Changer le monde, changer le Japon : Les 60 ans du programme de volontariat
2025.11.29
En 2025, le programme de volontariat de la JICA a fêté son 60e anniversaire. Au fil des ans, ce sont plus de 58 000 volontaires qui ont été déployés dans 99 pays en développement pour travailler dans divers secteurs tels que l’éducation, la santé et la médecine, l’agriculture, la foresterie et la pêche. On ignore cependant souvent que de nombreux volontaires mettent à profit leurs expériences et leurs compétences pour relever les défis de la société japonaise une fois rentrés chez eux. Cet article revient sur l’histoire du programme et les contributions sociales des anciens volontaires.
Un volontaire de la JICA en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Le 24 décembre 1965.
Un avion décolle de l’aéroport de Tokyo-Haneda à destination du Laos. À son bord, les cinq premiers membres des volontaires japonais pour la coopération à l’étranger (JOCV). Une nouvelle page se tourne : le Japon, qui œuvrait jusqu’alors à sa reconstruction grâce à l’aide internationale, fait son entrée sur la scène de la coopération internationale.
Une enquête est menée en 1964 sur l’intérêt potentiel d’un programme de volontariat.
Le premier groupe de 12 membres du JOCV envoyé aux Philippines, en 1966.
Au cours de la première année, après le Laos, des volontaires ont été envoyés au Cambodge, en Malaisie, aux Philippines et au Kenya, portant le total à 29 volontaires dans cinq pays. Par la suite, le programme a été étendu à de nouvelles régions et, en 1990, le nombre cumulé de volontaires envoyés dépassait les 10 000. Initialement réservé aux jeunes adultes, le programme s’est élargi aux volontaires travaillant auprès des communautés Nikkei de descendants des immigrés japonais en Amérique latine et aux volontaires seniors. En 2018, les limites d’âge pour la participation au programme ont été révisées pour inclure toutes les personnes âgées de 20 à 69 ans.
Les activités du programme de volontariat de la JICA couvrent désormais neuf domaines, dont l’agriculture, la foresterie et la pêche, la santé, la protection sociale, le commerce et le tourisme, et concernent plus de 170 professions. En 2016, le programme a remporté le prix Ramon Magsaysay, considéré comme le prix Nobel de la paix asiatique, en reconnaissance de sa contribution au développement de l’Asie.
Le programme de volontariat de la JICA construit des ponts entre le Japon et le monde tout en servant de porte-étendard de la coopération internationale nippone.
Le programme de volontariat de la JICA est axé autour de trois objectifs :
« Faire participer les citoyens souhaitant prendre part au développement économique et social ainsi qu’à la reconstruction des pays en développement ».
« Approfondir la compréhension mutuelle et la coexistence dans les sociétés interculturelles ».
« Faire bénéficier la société de l’expérience des volontaires ».
Le troisième objectif vise à utiliser l’expérience acquise lors d’activités dans les pays en développement pour relever les défis nationaux et internationaux. En 2023, la JICA a créé un prix récompensant les meilleures contributions à la société des anciens volontaires afin de favoriser cette dynamique.
Pour sa troisième édition en 2025, ce prix a été remis à sept personnes. Les actions mises en œuvre par les anciens volontaires couvraient des domaines variés tels que l’absentéisme scolaire, le sport pour les personnes en situation de handicap et le soutien aux zones touchées par des catastrophes. Le grand prix a été décerné à l’issue des présentations des sept finalistes.
| PRIX | NOM | TITRE DU PROJET |
| Prix de l’entrepreneuriat | Hoshino Tatsuro | École alternative pour élèves déscolarisés « Académie NIJIN » |
| Prix de la revitalisation régionale | Shota Kiyohito | Création d’un cadre pour la résolution des problèmes communautaires par le biais d’une fondation communautaire |
| Prix de la pratique de la coopération au développement | Kondo Saki | Aide à l’éducation des enfants au Guatemala grâce à l’initiative « Bonds of Happiness » |
| Prix spécial du jury (Société inclusive) | Yasuta Kazuki | Projet « Future Beyond Smiles » – PLAY & PHOTO Studio (service de photographie sur site) |
| Prix spécial du jury (Secours en cas de catastrophe) | Kenzo Yamaji | Création d’espaces sécurisés pour les résidents étrangers touchés par le séisme de la péninsule de Noto et les pluies torrentielles d’Oku-Noto |
| Prix spécial du jury (Sport et développement) | Itoi Osamu | Promotion d’une société multiculturelle en tant qu’arbitre international de natation pour les Jeux paralympiques et autres événements |
Lors de cette édition, le grand prix a été décerné à Aoki Yuka, représentante de l’organisation à but non lucratif ALECE Takaoka, qui soutient l’éducation des enfants d’origine étrangère à Takaoka, dans la préfecture de Toyama. Environ 270 enfants ont bénéficié de l’aide de l’organisation depuis sa création, il y a 15 ans.
Aoki a commencé sa présentation par ces mots :
« Mes activités actuelles sont directement liées à mon expérience au Brésil en tant que volontaire de la JICA. La communauté Nikkei m’a accueillie à bras ouverts, malgré mon inexpérience, et m’a permis de m’épanouir. Là-bas, j’ai beaucoup évolué sur le plan personnel, tout en étant confrontée à un défi majeur. »
Aoki Yuka donne une présentation lors de la 3e cérémonie de remise des prix aux anciens volontaires de la JICA.
Étudiante, Aoki s’est prise de passion pour la communauté Nikkei de descendants des immigrés japonais au Brésil. À partir de 2005, elle a passé deux ans comme jeune volontaire dans une école de langue japonaise de l’État du Paraná, dans le sud du Brésil. La transmission de la culture et de la langue japonaises aux jeunes générations est primordiale pour la communauté Nikkei locale. Aoki a travaillé auprès d’enfants de la quatrième génération.
La langue japonaise utilisée par la communauté Nikkei du Brésil présente quelques différences avec le japonais standard. Aoki se demandait si le japonais qu’elle enseignait n’allait pas à l’encontre des usages de la communauté. « Pourquoi suis-je venu ici ? » se demandait-elle. Mais les habitants, fiers de leur terre natale et de leur communauté, l’ont accueillie à bras ouvert en tant que partenaire de leur réflexion sur l’avenir de la région.
Aoki a identifié un autre problème.
« On a constaté que de plus en plus de Nikkei emmenaient leur famille au Japon pour travailler. Certains enfants ont été scolarisés sur place avant de retourner au Brésil, mais malgré leur séjour au Japon, ils ne parlaient pas japonais ou sombraient dans la délinquance. Les Nikkei de première et de deuxième génération me demandaient : "Que se passe-t-il aujourd’hui avec le système éducatif japonais ?" »
Nous devons soutenir l’apprentissage des enfants au Japon.
C’est devenu le « défi majeur » d’Aoki.
Aoki pose avec des enfants rencontrés au Brésil. (Photo fournie par Aoki Yuka)
À son retour au Japon, Aoki s’est rendu dans la ville de Takaoka, où elle a visité des écoles pour venir en aide aux enfants d’origine étrangère. Takaoka, qui abrite de nombreuses usines de fabrication, dépend de la main-d’œuvre étrangère, notamment brésilienne. Leurs enfants fréquentent les écoles locales et Aoki a été témoin de la situation dramatique à laquelle ils étaient confrontés.
Certains ne comprenaient pas du tout le japonais et passaient leurs journées à fixer le tableau noir. D’autres étaient victimes de discriminations et de préjugés, ce qui les poussait à se dévaloriser. Ils avaient tous renoncé à l’idée de poursuivre leurs études au lycée.
Les enfants ne parlant pas tous la même langue, Aoki sentait qu’elle « ne pouvait pas gérer cette situation seule ». En 2010, elle s’est associée à des collègues partageant ses idées et ses préoccupations pour fonder l’organisation qui a précédé ALECE Takaoka. Ils se sont portés volontaires pour donner des cours de soutien scolaire et ont fourni des informations sur la poursuite des études et d’autres ressources aux élèves et aux parents qui ne comprenaient pas le japonais.
Un cours de soutien dans les locaux d’ALECE Takaoka. (Photo fournie par Aoki Yuka)
Shimizu Stephanie Yukie, arrivée du Brésil au Japon à l’âge de deux ans, a commencé à fréquenter l’association avant ses examens d’entrée au lycée. « Je ne me sentais pas à ma place au Japon, mais ALECE m’a offert un espace où j’ai pu retrouver d’autres enfants dans ma situation et étudier en vue d’atteindre les mêmes objectifs. C’était un endroit important pour moi », se souvient-elle. Grâce à l’association, le taux d’accès au lycée s’est amélioré.
Face à ces difficultés, Aoki a pensé qu’un « projet d’éducation à la citoyenneté » serait bien adapté pour résoudre collectivement les problèmes de la communauté. Des jeunes d’origine étrangère ont pris l’initiative d’organiser des ateliers sur des sujets tels que l’art, la prévention des catastrophes et les objectifs de développement durable (ODD). Au fil de ces événements, les gens ont commencé à se rencontrer et à nouer des liens transcendant les origines nationales et sociales.
Des citoyens d’horizons divers participent à la confection des décorations de Tanabata. (Photo fournie par Aoki Yuka)
Devenue membre du personnel d’ALECE et mère de famille, Yukie confie : « J’ai eu du mal à choisir le prénom de mon enfant. Pour éviter qu’il ne rencontre les mêmes difficultés que moi, j’ai choisi un nom composé uniquement de kanjis. J’espère que la nouvelle génération n’aura pas à subir les mêmes épreuves. »
Murao Hidehiko, qui dirige une entreprise de construction dans la préfecture de Toyama, est l’un des habitants impliqués dans le programme « Kyoso no Mirai Toyama » (Co-création du futur Toyama), lancé dans le cadre d’un projet d’éducation à la citoyenneté avec l’antenne de la JICA à Hokuriku.
« Cela fait longtemps que nous collaborons avec des travailleurs étrangers, mais j’ai constaté que la jeune génération se sentait parfois tiraillée entre ses racines et la culture japonaise. Je souhaite contribuer à la création d’une nouvelle société inclusive à Toyama, où les jeunes et les enfants pourront s’épanouir pleinement », déclare-t-il.
« La société brésilienne a accueilli à bras ouverts les immigrants japonais, et la présence des Nikkei a enrichi et renforcé la communauté », commente Aoki. « Je crois que la société japonaise a besoin de cette flexibilité aujourd’hui. Ce ne sera peut-être pas facile, mais nous devons continuer d’avancer pas à pas. Je considère qu’il est de notre responsabilité de faire cela pour la prochaine génération. »
Aoki espère faire évoluer la communauté grâce à des activités qui transcendent les barrières de nationalité et d’âge. Son expérience au sein des volontaires de la JICA continue de guider son parcours.
Fort de ses 60 ans d’histoire, le programme de volontariat de la JICA est aujourd’hui largement reconnu tant au niveau national qu’international. La sueur et les larmes versées par les volontaires aux côtés des populations étrangères, ainsi que les nombreuses connaissances acquises, constituent des atouts inestimables.
Dans le même temps, la passion et le parcours professionnel de ces volontaires sont très précieux pour la société japonaise, confrontée à des défis tels que la baisse du taux de natalité, le vieillissement de la population, les inégalités et la coexistence multiculturelle. Les anciens volontaires, qui ont été confrontés à des réalités difficiles et des épreuves dans leurs pays d’accueil, sont désormais actifs dans divers domaines sociaux. Nombreux sont ceux qui fondent des organisations à but non lucratif ou aspirent à devenir des entrepreneurs sociaux.
Pour eux, le slogan du programme de volontariat de la JICA, « Il suffit d’une seule opportunité dans la vie », prend tout son sens. Il ne fait pas de doute que les anciens volontaires ont encore beaucoup à apporter à la société japonaise.