La découverte d’Aikawa Nanase ! Des postes de police japonais koban au Brésil ?!
2025.12.16
Les kobans, ces postes de police de proximité qui assurent depuis 150 ans la sécurité des villes et des campagnes au Japon, se répandent en Amérique latine. Au Brésil, le système joue un rôle clé dans l’amélioration de la sécurité publique. Aikawa Nanase, chanteuse pop et ambassadrice de bonne volonté pour l’amitié Japon-Brésil, s’intéresse aux coulisses de cette initiative.
Aikawa montre un panneau « KOBAN ».
Avec une population d’environ 12 millions d’habitants, São Paulo est la plus grande ville d’Amérique du Sud. En marchant dans une rue de la ville, Aikawa Nanase est surprise de croiser un panneau partiellement écrit en japonais :
« Oh, il y a écrit « koban » en kanjis ! » s’exclame-t-elle.
Le Brésil a adopté le système des kobans japonais. Le panneau repéré par Aikawa appartient à l’un des 47 kobans répartis dans toute la ville.
Dans le poste de police, un habitant du quartier exprime son inquiétude : « Il y a beaucoup de vols en ce moment, c’est très préoccupant ». « Compris », lui répond l’agent de police. « Nous allons intensifier les patrouilles, et veuillez également faire un signalement. » Tout comme au Japon, les kobans brésiliens servent de lieux de vie communautaire pour régler les questions de sécurité et fournir des conseils à la population au quotidien.
« Les policiers sont disponibles pour nous. En cas de problème, ils envoient des voitures de patrouille et constituent une présence rassurante », explique l’habitant du quartier.
Un policier parle avec un habitant dans un koban.
Le système koban, qui consiste à installer des petits postes de police dans différents quartiers, est originaire du Japon. Le système a été inauguré en 1874 lorsque le département de police métropolitaine de Tokyo a mis en place des « koban-sho », des postes où les agents se relayaient pour assurer les permanences. En 1888, le système a été étendu à l’échelle nationale et depuis, les kobans sont la pierre angulaire de la police de proximité, garants du maintien de l’ordre et de la sécurité au Japon.
Mais pourquoi le système est-il appliqué au Brésil ?
Jusqu’en 1985, le Brésil était dirigé par une dictature militaire, ce qui a creusé un fossé entre une police alors très répressive et les citoyens. Cela a entraîné une flambée de la criminalité et un affaiblissement des liens communautaires. En réponse, le gouvernement a étudié plusieurs modèles de police de proximité afin de favoriser la coopération entre la police, les autorités locales et les résidents, et créer ainsi des quartiers plus sûrs.
Le système des kobans leur a paru être le plus à même d’inspirer la confiance des citoyens, selon Kano Yuri, du bureau de la JICA au Brésil.
Luis Castro, un ancien policier actif à l’époque, se souvient :
« Nous avons étudié des systèmes du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni. Mais nous cherchions un modèle qui correspondait mieux à nos besoins. Nous avons alors découvert que le système japonais obtenait d’excellents résultats. Jusque-là, nous nous contentions d’enregistrer les crimes et délits, mais au Japon, ils tenaient également une base de données des consultations citoyennes et des réponses policières. Nous avons été séduits par cette idée. »
La JICA a servi d’intermédiaire entre les organisations policières des deux pays. En 2005, elle a lancé le « projet de police communautaire » dans l’État de São Paulo, qui s’est ensuite étendu à l’échelle nationale. « Sans le rôle d’intermédiaire de la JICA, nous n’aurions jamais réussi à appliquer le système koban au Brésil », souligne Castro, qui a suivi à l’époque une formation auprès de l’Agence nationale de police japonaise.
Luis Castro, l’un des policiers brésiliens ayant contribué à l’introduction du système koban au Brésil.
Comme leurs homologues japonais, les policiers brésiliens ont bien compris l’importance de tisser des liens avec les communautés locales. Les patrouilles constituent un élément clé à cet égard. Les agents rendent visite à des résidents ouverts au dialogue pour s’enquérir des événements récents du quartier. Ils créent également des groupes sur les réseaux sociaux pour rester en contact et se coordonner avec la communauté.
Dans les zones urbaines où il n’y a pas assez de place pour construire de nouveaux postes, les « kobans mobiles » prennent le relais. Ces petits camions sont équipés comme les kobans classiques, y compris d’un bureau pour recevoir les citoyens. Dans certains quartiers à forte criminalité, leur déploiement aurait permis de réduire les vols d’environ 80 %.
Plus de 1 000 kobans mobiles sont déployés dans le seul État de São Paulo.
Un koban mobile devant un centre commercial.
Le rôle de la police ne se limite pas aux interventions lors d’incidents et d’accidents.
À 19 heures, près d’un koban de centre-ville, on peut entendre des applaudissements et des acclamations. À l’intérieur, des enfants en tenue de ju-jitsu s’agitent avec enthousiasme. Ils assistent à un cours gratuit organisé par les policiers.
Rapidement, des adultes viennent observer par les fenêtres. « C’est super le ju-jitsu ! » s’écrie un des garçons avec un grand sourire. « Le policier est trop sympa. Un jour, je serai policier juste là », dit-il en pointant du doigt le koban.
Grâce aux arts martiaux, le programme transmet bien plus que des compétences physiques : il inculque le respect des règles et la discipline.
« Le tatami recèle d’innombrables leçons », souligne le policier chargé d’animer le cours. « La vie est faite d’épreuves, mais j’espère que les enfants seront forts dans leur corps et dans leur tête et qu’ils resteront sur le bon chemin. »
Au Brésil, il n’est pas rare que des enfants soient entraînés dans des gangs. « Nous les accueillons ici avant que les gangs leur mettent la main dessus », explique Carlos Teixeira, un maître de ju-jitsu brésilien.
Des enfants participent à un cours de ju-jitsu dans un koban.
Le système koban a dépassé les frontières brésiliennes, atteignant notamment le Guatemala, en Amérique centrale.
Comme au Brésil avant 1985, la population guatémaltèque nourrissait une profonde méfiance envers la police en raison des fréquentes violations des droits humains sous le régime militaire. Les crimes graves commis par les cartels de drogue et les gangs étaient aussi très préoccupants. En réponse, la JICA a lancé en 2016 un projet de développement du personnel de police dans le cadre d’un programme dit de « coopération triangulaire » impliquant le Japon, le Brésil et le Guatemala.
Le Guatemala a adopté le système koban importé par le Brésil du Japon, puis il l’a adapté à sa propre situation.
« Le fait que le système ait été d’abord adapté au Brésil avant d’être appliqué au Guatemala a été crucial », explique Niino Sawako, du bureau de la JICA au Guatemala. « Le système a été plus facile à accepter pour la police guatémaltèque et les résidents locaux en raison des nombreuses similitudes entre les deux sociétés. »
Le projet de police communautaire lancé en 2021 a permis de former des policiers au Japon et à l’étranger, et de fournir plus de 200 motos au Guatemala. Grâce à ces efforts, la confiance du public envers la police a été restaurée, et une baisse des crimes, notamment des homicides, a été constatée. D’autres résultats positifs sont attendus à l’avenir.
Les motos fournies au Guatemala grâce à l’aide du Japon.
Inspection du projet de police communautaire au
Guatemala.
Après avoir suivi les activités de la police de proximité de São Paulo, Aikawa a été vivement impressionnée.
« J’étais vraiment fière d’apprendre que le système koban, qui contribue au maintien de la sécurité publique au Japon, protège les citoyens du Brésil, pourtant si loin, et s’étend même à d’autres pays », s’est-elle réjouie. « Le rôle du koban est de veiller sur la communauté, et ce sont aux habitants – et non à la police – d’instaurer un climat de sécurité dans les quartiers. Il m’a semblé que cette perspective jouait un rôle central dans ce projet. »
Un pas vers une société où chacun peut vivre en toute sécurité a été franchi grâce à un système né au Japon et qui améliore la sécurité publique en Amérique latine, à l’autre bout du monde.
(Avec la voix japonaise et le sous-titrage anglais)