Le regard d’Aikawa Nanase : la communauté nikkei qui relie le Brésil et le Japon

2025.12.25

En 2025, le Japon et le Brésil ont célébré le 130e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Les relations amicales qui unissent aujourd’hui les deux pays doivent beaucoup à la communauté nikkei du Brésil — ces personnes d'origine japonaise vivant dans le pays — qui a surmonté de nombreuses épreuves pour devenir un véritable pont entre les deux nations. Aikawa Nanase, chanteuse de rock et ambassadrice de bonne volonté pour l’amitié et les échanges entre le Japon et le Brésil, revient sur cette histoire commune et sur la situation actuelle.

Aikawa Nanase se produit avec passion lors du festival de danse traditionnelle japonaise Bon Odori, dans le quartier japonais de Liberdade

Les jeunes passionnés de cosplay inspiré des animes japonais

« Digimon », « Demon Slayer » … Dans les rues animées, des jeunes arborent des costumes de cosplay représentant des personnages d’animes japonais.

« Je me reconnais dans ces personnages. »
« Les animes m’ont appris le courage. »

Le quartier de Liberdade, à São Paulo, est connu comme l’un des plus grands quartiers japonais au monde. Les stands proposant des illustrations de mangas et les enseignes de cafés à thème « maid café » attirent le regard. Tout le monde semble profiter pleinement des animes japonais et de la culture pop japonaise.

Des jeunes en cosplay

L’animation au cœur du quartier Liberdade

Environ 2,7 millions de personnes d’origine japonaise vivent au Brésil. Il s’agit de la plus importante population nikkei au monde en dehors du Japon. Nishio Roberto, président du Bunkyo (Société brésilienne de culture japonaise et d’assistance sociale), l’une des principales organisations de la communauté nikkei au Brésil, explique : « La communauté nikkei est solide et fait désormais partie intégrante de la société brésilienne. » Le Bunkyo œuvre à la préservation et à la diffusion de la culture japonaise au Brésil, tout en contribuant à faire connaître la culture brésilienne au Japon.

Cependant, Nishio est aujourd’hui confronté à un défi : « Actuellement, les membres individuels du Bunkyo sont majoritairement sexagénaires. Pour assurer le développement futur de la communauté nikkei, la participation des jeunes est essentielle… », confie-t-il en observant la foule de jeunes venue animer le quartier.

Les épreuves des immigrants de première génération

À l’intérieur du bâtiment du Bunkyo, dans le quartier de Liberdade, se trouve le Musée historique de l’immigration japonaise, qui conserve et expose quelque 97 000 objets retraçant l’histoire de l’émigration japonaise au Brésil, depuis l’arrivée du premier groupe d’immigrants en 1908.

Parallèlement à sa carrière artistique, Aikawa Nanase mène des recherches en folklore dans le cadre de ses études de master. Elle a visité ce musée avec un vif intérêt. Le musée expose des photographies, des frises chronologiques ainsi que des outils utilisés dans l’agriculture et la vie quotidienne, témoignant de l’esprit de persévérance des immigrants de première génération qui ont surmonté d’immenses difficultés. Aikawa s’est attardée devant les nombreuses pièces exposées, les observant avec attention.

« Les immigrants ont défriché la terre en abattant les arbres de leurs propres mains et ont enduré, pour survivre, des épreuves bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Des générations se sont ensuite succédé, donnant naissance à la communauté nikkei que nous connaissons aujourd’hui. C’est vraiment remarquable », a-t-elle déclaré.

Aikawa Nanase visite le Musée historique de l'immigration japonaise

Mobiliser la jeune génération

Au musée, Aikawa s’est entretenue avec Nishio, président du Bunkyo, afin de mieux comprendre les défis actuels auxquels la communauté nikkei est confrontée.

Nishio : L’histoire de l’immigration japonaise au Brésil a désormais atteint sa 117e année. Les organisations nikkei se sont bien intégrées à la société brésilienne, mais le nombre de personnes qui les soutiennent est en baisse.

Aikawa : Envisagez-vous actuellement des initiatives ou des stratégies particulières pour mobiliser la jeune génération ?

Nishio : L’intérêt pour la culture japonaise ne se limite pas aux personnes d’origine japonaise. C’est pourquoi je pense qu’il est important d’organiser des événements qui attirent également des personnes qui ne font pas partie de la communauté nikkei.

Aikawa : En tant que chanteuse, j’espère pouvoir contribuer, même modestement, au développement de la communauté nikkei et au renforcement des liens d’amitié, grâce à la musique et à la culture.

Nishio : Entendre ces paroles d’Aikawa Nanase, une chanteuse très connue au Brésil, est un immense honneur. Nous comptons sur votre soutien.

Aikawa Nanase et Nishio Roberto, président de la Société brésilienne de culture japonaise et d'assistance sociale (Bunkyo), échangent sur les défis auxquels la communauté nikkei est confrontée

Près de 60 ans d’histoire avec la JICA

La relation entre la JICA et la communauté nikkei au Brésil s’étend sur près de 60 ans.

Elle remonte aux années 1960, lorsque le prédécesseur de la JICA, le Service japonais de l’émigration, accompagnait les départs et les voyages des migrants vers le Brésil. Cet organisme a également contribué, de manière indirecte, à la stabilisation de la vie des immigrants japonais grâce au développement des zones d’installation et à l’octroi de prêts financiers. Aujourd’hui, la JICA collabore avec la communauté nikkei afin de renforcer les relations entre le Japon et le Brésil, notamment à travers la mise en œuvre de projets de soutien destinés à cette communauté.

Miyazaki Akihiro, représentant en chef du bureau de la JICA au Brésil, explique le contexte :
« L’essor du Brésil en tant que grande puissance agricole doit beaucoup à la contribution des agriculteurs nikkei. Nombre des premiers immigrants travaillaient dans l’agriculture, et la JICA a apporté au Brésil une coopération au développement qui a notamment soutenu leurs activités agricoles. Cela a permis au pays de développer une production de soja à grande échelle et de devenir un géant agricole. Les retombées positives se retrouvent également sur les tables japonaises. Par ailleurs, les réalisations de la communauté nikkei ont favorisé l’implantation et l’expansion des entreprises japonaises au Brésil. »

Miyazaki Akihiro, représentant en chef du bureau de la JICA au Brésil, revient sur l’histoire de la communauté nikkei et sur sa contribution au développement du pays

Former des leaders nikkei et soutenir les hôpitaux

La JICA soutient la communauté nikkei sous diverses formes, en reconnaissance de ses contributions au Japon comme au Brésil et de son rôle de trait d’union entre les deux pays. L’une de ces initiatives consiste à former des leaders au sein de la communauté nikkei.

Au Brésil, chacune des 47 préfectures japonaises dispose de sa propre association préfectorale (kenjinkai). Lors d’un atelier culinaire organisé au Mie Kaikan, Miyazaki Marcia, responsable de la section féminine de l’Association des ressortissants de la préfecture de Mie (Mie Kenjinkai), enseignait la préparation de l’okonomiyaki. Elle a participé à un programme de formation organisé par la JICA à Yokohama, destiné à revitaliser les organisations nikkei. Aujourd’hui, elle met à profit les connaissances acquises en tant que responsable au sein de la communauté nikkei au Brésil. « J’y ai appris que la cuisine est à la fois culture, mémoire et identité. À travers ces ateliers, nous transmettons la culture japonaise par le biais de la gastronomie », explique-t-elle.

Participants à un atelier culinaire organisé par la section féminine du Mie Kenjinkai

Par ailleurs, la JICA soutient les hôpitaux nikkei. Lors de la propagation mondiale de la COVID-19, elle a apporté son aide au fonctionnement de l’Hôpital Nipo-Brasileiro. Son directeur, Okamoto Sergio, revient sur cette expérience :

« Même lorsque nos projets d’investissement en équipement sont devenus incertains en raison de la pandémie de COVID-19, nous avons pu continuer à fournir des services de santé à la population. Nous avons également bénéficié d’un soutien durant la période postpandémique. Je suis profondément reconnaissant envers la JICA, le gouvernement japonais et le peuple japonais. »

Des équipements médicaux en service à l’Hôpital Nipo-Brasileiro portent le drapeau japonais et le logo de la JICA

Unir les cœurs grâce à la Matsuri Dance

En septembre 2025, la première édition du Liberdade Bon Odori s’est tenue sur la place Liberdade. Le moment fort de l’événement a été la prestation sur scène d’Aikawa Nanase, très populaire au Brésil. Une foule nombreuse s’était rassemblée pour l’apercevoir.

Au Brésil, il existe une danse appelée Matsuri Dance, qui intègre des éléments de danse urbaine (street dance) à la chorégraphie traditionnelle du Bon Odori. Le premier titre d'Aikawa, « Yume Miru Shoujo Ja Irarenai », accompagne cette danse depuis plus de vingt ans et continue d’être très apprécié.

Lorsque la chanteuse est montée sur scène, une immense acclamation a jailli du public. Elle a interprété avec passion sa nouvelle chanson « Wasshoi », qui porte un message de rapprochement entre les personnes et entre le Japon et le reste du monde, ainsi que son grand succès « Yume Miru Shoujo Ja Irarenai (Je ne peux pas rester une jeune fille rêveuse) ». Au pied de la scène, des membres de groupes de Bon Odori issus d’associations nikkei dansaient en happi.


« C’était incroyable ! », « J’ai envie d’en apprendre davantage sur le Japon ! » s’exclamaient de jeunes spectateurs enthousiastes. Nishio semblait lui aussi mesurer l’impact de la prestation : « Ces chansons débordaient d’énergie et de sincérité. Elles ont réussi à rassembler non seulement la communauté nikkei, mais aussi diverses autres communautés dans un même élan. »

Aikawa, qui avait confié à Nishio son souhait de soutenir la communauté nikkei par la musique, affichait un large sourire. « On dit que la musique transcende les frontières, mais je n’aurais jamais imaginé que mes chansons les franchiraient de cette manière », a-t-elle déclaré.

La Matsuri Dance exécutée lors du Liberdade Bon Odori

Aikawa : « J’aimerais susciter davantage d’intérêt pour le Brésil »

Au cours de ce voyage, Aikawa a approfondi sa compréhension de la communauté nikkei :
« En tant que Japonaise, je suis sincèrement ravie de voir à quel point la culture japonaise est appréciée au Brésil et comment elle s’est mêlée aux éléments locaux pour donner naissance à une nouvelle culture. Derrière cela se trouve l’histoire de celles et ceux qui ont traversé l’océan il y a près de 120 ans. J’ai été frappée de constater à quel point la confiance qu’ils ont bâtie au fil du temps a pris racine au Brésil », a-t-elle confié.

Elle ajoute : « Au Brésil, la culture japonaise est appréciée même par ceux qui ne sont pas membres de la communauté nikkei. En revanche, au Japon, nous ne connaissons pas encore suffisamment le Brésil. Alors que nous nous dirigeons vers le 150e anniversaire des relations diplomatiques et au-delà, après cette année marquant le 130e anniversaire, j’espère que l’intérêt pour le Brésil et la compréhension de ce pays continueront de croître au Japon. »

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