Un projet de télémédecine optimisé en Thaïlande sauve la vie de mères et de nouveau-nés

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2026.02.27

La coopération internationale de la JICA a donné lieu à de nombreux cas où des réalisations obtenues dans des pays en développement ont ensuite été réintroduites au Japon, contribuant ainsi à la résolution de défis nationaux tout en soutenant les activités des entreprises. Parmi ces exemples figure un système de télémédecine périnatale né dans la préfecture de Kagawa, perfectionné en Thaïlande, puis réintroduit au Japon. Dans de nombreuses régions du pays, où la pénurie d’obstétriciens devient de plus en plus préoccupante, ses petits dispositifs en forme de cœur contribuent à protéger la vie des femmes enceintes et de leurs bébés.

Le moniteur fœtal mobile « iCTG », présenté ici, est désormais largement utilisé dans tout le Japon (Photo publiée avec l’aimable autorisation du Kameda Medical Center)

Surveillance en temps réel du rythme cardiaque foetal à domicile et à l’hôpital

La dépopulation et la baisse de la natalité dans l’ensemble de la péninsule de Boso, dans la préfecture de Chiba, ont entraîné une diminution du nombre de maternités. Le Kameda Medical Center, situé dans la ville de Kamogawa est un établissement clé pour les soins périnataux dans le sud de la préfecture, prenant en charge environ 500 naissances par an.

A la fin de l’année 2025, une femme enceinte chez qui un retard de croissance fœtale avait été diagnostiqué a dû être hospitalisée pour des examens.

« Je m’inquiétais de savoir comment m’occuper de mes deux autres enfants aînés si mon hospitalisation se prolongeait, sans compter les frais médicaux qui s’accumulaient. Mais après que mon médecin m’a parlé de cet appareil, j’ai décidé de rentrer chez moi et de l’essayer. »

L’hôpital lui a prêté les deux dispositifs en forme de cœur qui composent le moniteur fœtal iCTG, un système intégrant les technologies de l’information et de la communication (TIC). L’appareil rose mesure le rythme cardiaque du foetus, et l’appareil bleu clair, les contractions utérines.

Deux fois par jour, entre les tâches ménagères et la garde de ses enfants, la jeune femme s’allonge sur le canapé de son salon et met en place l’iCTG, en fixant les deux capteurs à l’aide de ceintures. Grâce à la technologie Doppler par ultrasons, le système détecte la fréquence cardiaque du foetus, permettant à la future mère d’entendre les battements réguliers du cœur de son bébé.

Une future mère consulte sur une tablette le rythme cardiaque de son bébé et d’autres signes vitaux depuis son domicile, tout en portant le dispositif iCTG sur son abdomen (Photo publiée avec l’aimable autorisation d’une utilisatrice de l’iCTG)

Les données relevées à domicile sont transmises en temps réel à l’hôpital, situé à environ 50 km, où le médecin traitant peut les consulter sur un écran de contrôle.

« Même lorsque je suis chez moi, je suis rassurée de savoir que mon médecin remarquera immédiatement la moindre anomalie. »

En janvier 2026, la jeune femme a donné naissance, sans complication, à un bébé en bonne santé.

La docteure Kadooka Mizuho, cheffe par intérim du service d’obstétrique et de gynécologie, explique : « Grâce à l’introduction de l’iCTG, les femmes enceintes présentant des complications telles qu’un retard de croissance intra-utérin peuvent réduire la durée de leur hospitalisation pour le suivi de leur grossesse. Par ailleurs, en collaborant par télémédecine avec une clinique familiale située à 30 kilomètres de notre établissement, nous avons également diminué la fréquence des longs déplacements que les femmes en fin de grossesse doivent effectuer pour leurs consultations. Dans certains cas, la détection précoce d’une baisse du rythme cardiaque fœtal ou de contractions utérines a permis d’assurer un accouchement en toute sécurité. »

La docteure Kadooka Mizuho (à droite) examine, avec une sage-femme, les données de l’iCTG transmises depuis le domicile d’une femme enceinte, au Kameda Medical Center à Kamogawa, dans la préfecture de Chiba (Photo publiée avec l’aimable autorisation du Kameda Medical Center)

Le Japon confronté à une pénurie croissante de maternités et d’obstétriciens

Le Japon affiche l’un des taux de mortalité maternelle les plus faibles parmi les pays développés. Pourtant, chaque année, plus de 2 000 décès périnatals y sont enregistrés, en incluant les mortinaissances survenant à partir de la 22ᵉ semaine de grossesse ainsi que les décès néonatals précoces.

Ces dernières années, le nombre d’établissements médicaux disposant des équipements nécessaires aux accouchements a diminué en dehors des grandes zones urbaines, rendant de plus en plus difficile pour les femmes de mettre au monde leur enfant en toute sécurité et avec sérénité au sein de leur communauté locale.

« Aucune famille ne devrait perdre un bébé à la naissance. » Né de ce souhait sincère de ses concepteurs, l’iCTG est aujourd’hui recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et utilisé au Japon comme dans d’autres pays. En réalité, la coopération internationale menée par la JICA a joué un rôle important dans sa diffusion.


Un nouveau-né après un accouchement sans complication au Kameda Medical Center, sa mère ayant utilisé un dispositif iCTG à domicile (Photo publiée avec l’aimable autorisation de la patiente)

L’iCTG, développé pour répondre aux besoins médicaux des îles éloignées de la préfecture de Kagawa

Le système iCTG a été mis au point par Melody International Inc., une entreprise basée à Takamatsu, qui en assure également la fabrication et la commercialisation. Ogata Yuko, fondatrice de l’entreprise et aujourd’hui directrice de la communication (CCO), travaillait auparavant dans une société informatique spécialisée dans le développement de systèmes de dossiers médicaux électroniques. Elle était cependant profondément préoccupée par les conditions difficiles entourant l’accouchement dans la préfecture de Kagawa, qui compte de nombreuses îles éloignées.

« J’ai entendu dire que des femmes enceintes vivant sur des îles isolées devaient séjourner dans un hôtel à Takamatsu à l’approche du terme de leur grossesse, afin de pouvoir se rendre régulièrement à l’hôpital. Au-delà du coût financier, c’est aussi une période pendant laquelle elles souhaitent passer le plus de temps possible avec leur famille. Pourtant, il existe encore aujourd’hui au Japon des régions où cela reste difficile. Je voulais trouver une solution à ce problème. »

C’est à cette époque qu’Ogata fit la rencontre fortuite de Hara Kazuhiro, professeur émérite de l’Université de Kagawa. Le professeur Hara est un expert de renommée mondiale qui a mis au point, en 1974, le premier moniteur échographique fœtal au monde.

Le professeur Hara se souvient : « Dans les années 1970, la préfecture de Kagawa affichait l’un des taux de mortalité néonatale les plus élevés du pays. Le moyen le plus fiable de réduire cette mortalité consiste à surveiller la fréquence cardiaque du fœtus. Cependant, à l’époque, les équipements nécessaires étaient volumineux et coûteux. »



Tous deux se sont alors donné pour objectif de mettre à profit les technologies de l’information et de la communication (TIC) pour développer un moniteur fœtal amélioré, plus compact et portable. Leur projet a reçu un soutien décisif grâce au programme de Coopération technique pour les projets de proximité (Technical Cooperation for Grassroots Projects) de la JICA, qui appuie des initiatives de coopération technique à petite échelle dans les pays en développement. Convaincus qu’un tel dispositif répondrait également aux besoins des pays émergents, ils ont soumis à la JICA une proposition de projet de soutien à la télémédecine en Thaïlande associant les secteurs industriel et universitaire ainsi que les pouvoirs publics. La proposition ayant été retenue, un projet a été lancé en 2014. Grâce à la coopération de l’Université de Chiang Mai, liée à l’Université de Kagawa par des échanges académiques, ils ont obtenu l’opportunité d’expérimenter puis d’optimiser leur moniteur fœtal dans la province de Chiang Mai.


Ogata Yuko, PDG de Melody International, certifiée en 2018 comme « start-up issue de l'Université de Kagawa » (au centre), pose aux côtés de Kakehi Yoshiyuki, président de l’Université de Kagawa (à gauche), et de Hara Kazuhiro, professeur nommé à titre spécial (Photo publiée avec l’aimable autorisation de Melody International Inc. ; titres en vigueur en 2018)

Un projet soutenu par la JICA permet d’optimiser l’iCTG grâce à des améliorations successives en Thaïlande

Dans la province de Chiang Mai, qui compte environ 1,65 million d’habitants, quelque 20 000 enfants naissent chaque année. Pourtant, seuls une vingtaine d’obstétriciens exercent dans les établissements médicaux relevant du bureau provincial de la santé publique. Selon Ogata, « de nombreux cas ont été recensés où des femmes enceintes, voire des nouveau-nés, ont dû être transportés d’urgence vers des hôpitaux urbains, mais il était déjà trop tard lorsqu’ils arrivaient sur place ».

Dans un premier temps, Ogata et son équipe ont distribué des prototypes de moniteurs fœtaux compacts et portables à trois centres de santé communautaires afin qu’ils soient utilisés lors des consultations prénatales. À l’époque, les moniteurs fœtaux conventionnels, coûteux et encombrants, n’étaient disponibles que dans les grands hôpitaux. Ogata raconte avoir été profondément émue en voyant la joie des futures mères lorsqu’elles entendaient les battements du cœur de leur bébé.

Les médecins ont ensuite proposé plusieurs améliorations, qu'Ogata a intégrées afin d’optimiser les prototypes. Par exemple, le personnel hospitalier a constaté que les données étaient perdues lorsqu’une ambulance ou un autre moyen de transport traversait un tunnel. Ogata a alors modifié le système pour qu'il continue d'enregistrer les données même en cas d'interruption de la transmission. Elle a également développé une application pour iPad permettant aux médecins de consulter instantanément les données, où qu’ils se trouvent.

Après avoir examiné environ 1 500 ensembles de données provenant de divers établissements — notamment des dispensaires locaux dépourvus d'obstétricien —, les médecins de l’Université de Chiang Mai ont recommandé qu’une cinquantaine de femmes enceintes soient examinées dans un hôpital disposant d'un équipement complet. Des anomalies ont été détectées dans une dizaine de cas, et cinq femmes ont nécessité une intervention d’urgence. Selon les informations rapportées, toutes les vies concernées ont pu être sauvées grâce à cette prise en charge. L’un des médecins a déclaré : « Si nous pouvons sauver autant de vies, j’espère que ces appareils pourront être déployés dans toute la région. » Fort de l’évaluation très positive reçue de la part des acteurs locaux, le moniteur fœtal portable iCTG, dans sa version finale issue de plusieurs cycles d’amélioration successifs, devrait désormais être adopté par l’ensemble des hôpitaux publics de la province.

Revenant sur cette expérience, Ogata a déclaré : « Le soutien apporté par la JICA à la constitution d’une équipe locale a suscité une dynamique de collaboration entre toutes les parties prenantes, un résultat particulièrement positif. »





Du personnel de santé à Chiang Mai, en Thaïlande, utilise un appareil pour contrôler les signes vitaux d’une femme enceinte (Photo publiée avec l’aimable autorisation de Melody International Inc.)

La technologie démontre son utilité face aux pandémies, aux accidents et aux séismes

L’iCTG a été homologué en tant que dispositif médical au Japon en mai 2018. Cette certification a été rendue possible grâce aux nombreuses améliorations apportées au système au fil de son développement ainsi qu’aux données cliniques recueillies en Thaïlande. Toutefois, au départ, peu d’établissements de santé se sont montrés intéressés par l’iCTG, la télémédecine étant encore peu répandue. La situation a radicalement changé avec l’apparition de la pandémie de COVID-19.

C’est à Hokkaido que les infections se sont propagées en premier lieu. Les établissements médicaux ont alors contacté Melody International les uns après les autres pour se renseigner sur l'iCTG : « Nous voulons réduire au minimum le risque d’infection des femmes enceintes lorsqu’elles se rendent à l’hôpital pour leurs consultations. » ; « Nous souhaitons pouvoir prendre en charge à domicile les femmes enceintes testées positives. » Ces requêtes illustraient le besoin soudain de solutions de télémédecine.

Oka Yasuko, cheffe du service d’obstétrique et de gynécologie de l’Hôpital municipal de Komatsu, dans la préfecture d’Ishikawa, a déclaré : « L’appareil iCTG a dépassé nos attentes initiales. » Elle a expliqué comment l’hôpital avait prêté ces appareils aux femmes enceintes atteintes de la COVID-19, qui poursuivaient leur convalescence soit à domicile, soit dans des services d’isolement. Grâce au suivi à distance de leur état de santé, sans contact direct avec le personnel médical, l’hôpital a pu détecter des anomalies et pratiquer, dans certains cas, des césariennes d’urgence.

En 2021, dans la préfecture d’Ishikawa, un nouveau-né est décédé à l’Hôpital municipal de Wajima après une dégradation soudaine de l’état de sa mère alors qu’aucun médecin n’était disponible. Ce drame est survenu parce qu’un seul obstétricien était chargé de couvrir deux villes et deux bourgs de la région reculée d’Okunoto, située dans le nord de la péninsule de Noto.

Afin de mettre en place un système de soins périnataux plus sûr, assurant la prise en charge des mères et des nouveau-nés de la fin de la grossesse jusqu’aux premières semaines suivant la naissance, les autorités préfectorales ont créé le « Baby Council » et décidé d’introduire l’iCTG. Le dispositif a également été utilisé après le séisme de la péninsule de Noto survenu en janvier 2024, notamment pour assister les accouchements en cas de coupure de courant et pour assurer le suivi des grossesses dans les centres d’évacuation.

Une femme enceinte utilise un moniteur fœtal iCTG à son domicile sous le regard attentif de son enfant qui, impatient d’accueillir un nouveau petit frère ou une nouvelle petite sœur, se demande comment se porte le bébé (Photo publiée avec l’aimable autorisation de l’Hôpital municipal de Komatsu)

« Encore plus de vies peuvent être sauvées »

Les pays développés tirent de plus en plus parti d’innovations adaptées et perfectionnées dans les pays en développement avant de les réintroduire sur leur propre territoire. Ce phénomène est connu sous le nom d’« innovation inversée ». L’iCTG en est un exemple emblématique.

Lors de la cérémonie de remise du Prix JICA de la coopération internationale 2025, le président de la JICA, Tanaka Akihiko, pose aux côtés de Hara Kazuhiro, professeur émérite de l'Université de Kagawa, et d’Ogata Yuko, directrice de la communication (CCO) de Melody International

En janvier 2026, le professeur Hara Kazuhiro et Ogata Yuko, directrice de la communication (CCO) de Melody International ont reçu le Prix JICA de la coopération internationale, en reconnaissance de leurs réalisations remarquables.
Revenant sur cette expérience, Ogata a déclaré : « Obtenir la certification de dispositif médical au Japon représentait un défi de taille pour une petite start-up comme la nôtre. Cependant, grâce aux relations que la JICA entretient avec les gouvernements et les organismes compétents d’autres pays, nous avons pu établir des liens avec les ministères de la Santé et d’autres institutions locales. L’iCTG a été continuellement amélioré et optimisé, jusqu’à devenir un dispositif utile aujourd’hui utilisé au Japon ainsi que dans de nombreux autres pays. »

À la fin de l’année 2025, l’iCTG était utilisé dans 16 pays à travers le monde, dont le Myanmar, l’Indonésie et le Bhoutan. Au Japon, il a été introduit dans 130 établissements médicaux répartis dans 39 des 47 préfectures du pays, contribuant à sauver la vie de nombreuses mères et de nombreux nouveau-nés.

Dans une maison privée au Myanmar, Ogata Yuko (deuxième en partant de la gauche) explique au personnel de santé et à une future mère comment utiliser l'iCTG, un moniteur fœtal portable (Image publiée avec l’aimable autorisation de Melody International Inc.)

Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour 2023, plus de 700 femmes meurent chaque jour dans le monde de causes évitables liées à la grossesse ou à l’accouchement.

Ogata conclut : « Partout dans le monde, les familles éprouvent les mêmes sentiments à l’égard de l’enfant qu’elles attendent. Si nous renforçons encore nos efforts, notamment grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour assister le diagnostic médical, nous pourrons sauver davantage de vies. Avec la JICA, nous espérons poursuivre et élargir encore nos activités. »

Le Japon fait de la coopération internationale une source de force nationale.
À travers ses actions, la JICA contribue à sauver des vies, au Japon comme à l’étranger.

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