Comment les compétences agricoles acquises en Zambie ont revitalisé les plantations de thé de Shizuoka

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2026.03.19

Kakegawa, dans la préfecture de Shizuoka, est l’une des principales régions productrices de thé du Japon. Alors que les exploitations de thé locales sont confrontées à une grave menace pour leur survie, de jeunes habitants de la région métropolitaine de Tokyo ainsi que des voyageurs venus de l’étranger commencent aujourd’hui à visiter la région. À l’origine de cet engouement se trouve ce qu’un jeune homme a appris de l’agriculture en Zambie.

Des collégiens cueillent des feuilles de thé dans les plantations de Kakegawa (Image publiée avec l’aimable autorisation de Hirano Koshi)

Le déclin rapide des producteurs de thé au Japon

Kakegawa se situe approximativement au centre du Japon et offre un magnifique paysage de plantations de thé disséminées sur des collines vallonnées. La ville est connue pour la méthode agricole du « Chagusaba », reconnue par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme un Système ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM). Elle est le premier producteur japonais de fukamushicha, un thé longuement étuvé à la saveur riche et corsée.

Selon les statistiques du ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche, Kakegawa comptait environ 1 400 producteurs de thé en 2010, mais leur nombre est tombé à moins de 550 en 2020. Hagita Yoshihiro, chef de section de la division de promotion du thé de la ville, explique : « Avec la généralisation du thé en bouteille, les achats de thé en feuilles ont fortement diminué et les prix du thé ont stagné. Il est devenu difficile pour les agriculteurs de vivre uniquement de la culture du thé et, avec le vieillissement des producteurs, le manque de relève est devenu un problème majeur. »

Vue des plantations de thé de Kakegawa (Image publiée avec l’aimable autorisation de la municipalité de Kakegawa)

À Kakegawa, où le paysage des plantations de thé disparaît progressivement, une initiative d’« agriculture participative » insuffle une nouvelle dynamique pour tenter d’inverser cette tendance.

Une exploitation de kiwis qui attire 40 000 visiteurs par an

Sous une épaisse canopée de lianes de kiwis, les visiteurs peuvent déguster des kiwis à volonté tout en profitant de barbecues. « Kiwi Fruit Country Japan » cultive 85 variétés de kiwis sur une superficie environ trois fois supérieure à celle du Tokyo Dome, attirant près de 40 000 visiteurs par an, venus du Japon et de l’étranger.

L’une des particularités de cette exploitation est son modèle d’agriculture circulaire, connu sous le nom de « méthode agricole Kururin ». Les pelures des kiwis consommés par les visiteurs sont réutilisées comme engrais pour les cultures ou comme alimentation pour les animaux. Les cendres des barbecues contribuent à alcaliniser le sol, tandis que la fumée agit comme un répulsif naturel contre les parasites.

« Nous essayons d’aider les gens à découvrir les Objectifs de développement durable (ODD) de manière simple et accessible », explique Hirano Koshi, représentant de la ferme et ancien membre des Volontaires japonais pour la coopération à l’étranger (JOCV) de la JICA.

Hirano Koshi récolte des kiwis dans son exploitation (Image publiée avec l’aimable autorisation de Hirano Koshi)

« Dois-je reprendre la ferme familiale ? » Son engagement dans le programme JOCV au milieu des inquiétudes liées à la succession

L’aventure de l’exploitation a commencé avec une simple cuillère à café de graines de kiwi que le père de Hirano, Masatoshi, avait rapportées des États-Unis en 1976. Par la suite, Hirano a fréquenté un lycée agricole avant de poursuivre des études d’agriculture aux États-Unis. Pourtant, au début de la vingtaine, il ne se sentait pas inspiré, confie-t-il, par une agriculture qui consistait simplement à planter des semis puis à les récolter.

Alors qu’il cherchait sa voie, il se souvint des stagiaires internationaux qui avaient autrefois travaillé dans l’exploitation familiale, en disant : « Nous maîtriserons certainement les techniques japonaises et les mettrons à profit dans l’agriculture de nos pays d’origine. » Il dit avoir ressenti chez eux une passion extraordinaire.

« Je veux pratiquer l’agriculture aux côtés des populations des pays en développement », se dit-il alors. Fort de cette détermination, il posa sa candidature au programme des Volontaires japonais pour la coopération à l’étranger (JOCV) de la JICA en 2012 et fut affecté en Zambie, en Afrique australe. Les deux années qu’il y passa allaient profondément transformer le cours de sa vie.

Hirano Koshi (à droite) pose aux côtés d'un agriculteur en Zambie, où il a travaillé comme Volontaire japonais pour la coopération à l’étranger de la JICA (Image publiée avec l’aimable autorisation de Hirano Koshi)

Les difficultés rencontrées pour améliorer les revenus des agriculteurs en Zambie

À Lusaka, la capitale, Hirano a travaillé avec des ONG internationales et le ministère de la Santé sur diverses initiatives, notamment un projet d’éradication de la tuberculose soutenu par la JICA. Bien que près de la moitié de la population active zambienne travaille dans l’agriculture, les revenus y étaient extrêmement faibles et la sensibilisation aux questions de santé restait limitée. Hirano avait donc pour mission de promouvoir l’éducation nutritionnelle par la culture de fruits et légumes, tout en aidant les agriculteurs à augmenter leurs revenus.

Ses activités se déroulaient dans un quartier résidentiel défavorisé, appelée « compound », où il utilisait comme base un centre communautaire abritant à la fois une clinique et des terres agricoles. « On m’avait dit que c’était un bidonville, mais la sécurité y était bonne, et même si tout le monde était très pauvre, les habitants m’offraient du thé et m’invitaient à partager leurs repas. Ils étaient d’une grande gentilesse », se souvient-il.

Hirano a travaillé sur l’aquaculture en eau douce, la réduction des coûts grâce à l’agriculture circulaire et a même exploré des moyens de générer des revenus complémentaires en dehors de l’agriculture, notamment à travers des cours de couture ou la gestion de parkings. Cependant, un jour, il fut profondément bouleversé par les propos de certains agriculteurs.

Les mots d’un médecin qui ont redonné fierté à un agriculteur

« Le travail le plus pénible, exercé par les personnes les plus pauvres, c’est l’agriculture. »

Pour Hirano, lui-même issu d’une famille d’agriculteurs, ces mots ont profondément résonné.

Mais un médecin zambien répondit alors aux agriculteurs avec une tout autre perspective :

« Pour soigner les maladies graves, il faut deux choses : des médecins compétents et de bons agriculteurs. »

Le médecin poursuivit : « Lorsque les gens tombent malades et viennent à la clinique, ils peuvent recevoir des médicaments. Mais même s’ils guérissent, si leur alimentation quotidienne est déséquilibrée, leur système immunitaire s’affaiblira et ils retomberont malades. Si les agriculteurs cultivent de délicieux légumes et que les gens mangent sainement, cela devient le remède le plus efficace qui soit. » A ces mots, Hirano fut submergé par l’émotion.

Il prit sa décision :
Il retournerait au Japon et deviendrait agriculteur.

Des légumes sont offerts à un centre de santé en Zambie (Image publiée avec l’aimable autorisation de Hirano Koshi)

Leçons de Zambie : faire des terres agricoles des lieux de rencontre

Après son retour au Japon, Hirano reprit l’exploitation familiale de kiwis. Lorsqu’il commença à réfléchir à une nouvelle façon de pratiquer l’agriculture, les scènes observées en Zambie lui fournirent une source d’inspiration déterminante.

« Contrairement au Japon, les habitants de Zambie utilisaient librement les terres agricoles. Ils installaient une croix sous un grand manguier et, le week-end, les gens s’y rassemblaient pour chanter. Certains préparaient des repas, d’autres coupaient les cheveux de leurs voisins, des enfants faisaient leurs devoirs. Les terres agricoles devenaient ainsi un lieu où les gens se retrouvaient », se souvient-il.

Il réalisa alors que les terres agricoles pouvaient être bien plus qu’un simple lieu de production. Hirano commença à expérimenter différents moyens d’attirer du monde dans son verger de kiwis : séances de yoga nocturnes, événements musicaux, mariages, ou encore salons de coiffure en plein air.

Parallèlement, il voyait les plantations de thé de Kakegawa être abandonnées les unes après les autres. C’est alors qu’il eut l’idée d’organiser des voyages éducatifs destinés aux lycéens et aux entreprises. Des élèves venus de la région métropolitaine de Tokyo séjournaient sur place, rencontraient des producteurs de thé et d’autres acteurs de la filière, discutaient des défis auxquels Kakegawa était confrontée, puis présentaient leurs propositions à la municipalité et aux agriculteurs.

Des lycéens présentent de nouvelles idées après avoir échangé avec des producteurs de thé (Image publiée avec l’aimable autorisation de Hirano Koshi)

Relier les agriculteurs et les lycéens

L’un des résultats de ce programme de formation a été la création d’un terrain de camping sur d’anciennes plantations de thé abandonnées. L’idée est née lorsqu’un groupe de lycéens, admirant le coucher du soleil depuis cet endroit, a lancé : « Nous voulons passer la nuit ici, sous les étoiles. »

« Au début, certains agriculteurs inquiets demandaient : “Les gens viendront-ils vraiment camper au milieu des champs de thé ?” », se souvient Hirano. « Mais aujourd’hui, des campeurs viennent chaque week-end, et certains producteurs redoublent d’efforts pour embellir leurs champs de thé, car ils sont visibles depuis le camping. » Selon lui, des visiteurs d’autres préfectures viennent désormais observer cette initiative.

Certains élèves continuent de revenir après la fin du programme, comme bénévoles, pour aider à la production de thé ou même pour travailler à temps partiel. Daichi Mio, qui vit à Tokyo, est l’un d’eux. « Je ne buvais que du thé en bouteille et je ne savais même pas comment le thé était fabriqué. Mais lorsque j’ai cueilli moi-même les premières feuilles de thé de la saison, participé à leur transformation puis goûté le thé obtenu, j’ai été absolument conquis par sa qualité », raconte-t-il. Depuis, Mio s’est inscrit à l’Université d’agriculture de Tokyo et retourne régulièrement à Kakegawa pour aider aux travaux agricoles, en séjournant parfois sur place.

Hirano Shogo, producteur de thé de cinquième génération, souligne : « De plus en plus de jeunes, ainsi que des étrangers, s’impliquent dans les plantations de thé. Ce que fait Hirano Koshi ne consiste pas seulement à créer des produits, mais aussi à créer des expériences. Cela m’a fait comprendre que cela aussi, c’est de l’agriculture. C’est extrêmement inspirant. »

De son côté, Hagita, un responsable municipal de Kakegawa, ajoute : « Il est difficile pour les agriculteurs d’entretenir seuls les plantations de thé. Nous sommes profondément reconnaissants à M. Hirano de dynamiser Kakegawa, en s’appuyant sur son expérience en Zambie. »

Daichi Mio (à gauche) aux côtés de Hirano Koshi lors d’une visite à Kakegawa (Image publiée avec l’aimable autorisation de Daichi Mio)

Aujourd’hui, Hirano s’engage dans un nouveau défi, animé par un sentiment de gratitude.
Il souhaite rendre à la Zambie une partie de ce qu’elle lui a apporté, car c’est là qu’il a puisé l’inspiration de nombreuses idées qu’il applique aujourd’hui à l’agriculture de Kakegawa.

Hirano Koshi présente son projet lors de l’événement BLUE pitch (Image publiée avec l’aimable autorisation de Hirano Koshi)

Redonner à la Zambie : un rêve pour l’avenir

En 2024, Hirano a appris que la JICA avait lancé « BLUE », un programme destiné à soutenir les projets entrepreneuriaux portés par des volontaires de retour de mission. Estimant qu’il n’avait pas encore achevé ce qu’il avait entrepris pour améliorer les revenus des agriculteurs en Zambie, il a posé sa candidature sans hésiter.

Après avoir suivi le programme de trois mois, il a lancé une nouvelle initiative : un projet de culture de myrtilles visant à augmenter les revenus des petits exploitants agricoles en Zambie. Riches en nutriments, les myrtilles se vendent à des prix élevés auprès des consommateurs aisés et peuvent être cultivées facilement, même sur de petites parcelles. Avec le soutien du ministère de l’Agriculture zambien, une culture pilote a été lancée en février 2025. Depuis, Hirano partage son temps entre la Zambie et Kakegawa, multipliant les allers-retours pour faire avancer le projet.

Ayant découvert une nouvelle facette de lui-même en Zambie, Hirano confie : « Je me considère chanceux d’être né au Japon, où existent des opportunités telles que le programme de volontariat de la JICA. Je souhaite contribuer au développement de l’agriculture, à la fois en Afrique et au Japon. »

Redonner davantage de fierté aux agriculteurs : cette idée, née d’une coopération internationale, franchit aujourd’hui les frontières, rapproche les populations et continue de se répandre.

Hirano Koshi (à gauche) donne des conseils sur la culture fruitière lors d’une visite en Zambie (Image publiée avec l’aimable autorisation de Hirano Koshi)

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