Partager les enseignements avec le monde : 15 ans après le grand séisme de l’Est du Japon
2026.03.19
Le Japon est l’un des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles au monde. Bien que de nombreuses vies aient été perdues lors de séismes, de tsunamis et d’événements météorologiques extrêmes, le pays n’a cessé de tirer des enseignements de ces expériences et de développer des connaissances ainsi que des technologies destinées à protéger les populations, la société et l’économie. La JICA œuvre aujourd’hui à mettre ces enseignements au service des pays en développement.
Quinze ans après le grand séisme de l’Est du Japon, ce rapport met en lumière les efforts continus de la JICA.
Des élèves d’un collège turc renforcé grâce à une technologie parasismique japonaise
« Faisons de notre école un endroit sûr, tous ensemble ! »
Le 6 novembre 2025, les élèves du collège Ismet Inonu, dans la province d’Izmir en Turquie, ont scandé ce slogan à l'unisson.
Une cérémonie a été organisée ce jour-là pour célébrer l’achèvement des travaux de renforcement parasismique de l’établissement.
« Les séismes de 2023 en Turquie et en Syrie ont détruit 160 000 bâtiments et coûté la vie à de nombreuses personnes. Je suis fière que la technologie japonaise puisse contribuer à protéger les enfants d’ici », a déclaré avec une vive émotion Yamada Riko, du bureau de la JICA en Turquie, lors de l’événement.
Le collège Ismet Inonu en Turquie après les travaux de renforcement parasismique
Depuis 2023, Yamada participe à un projet visant à renforcer les capacités du gouvernement turc en matière de gestion des catastrophes sismiques. Le renforcement parasismique du collège Ismet Inonu, réalisé conjointement avec l’UNESCO et le gouvernement turc, s’inscrit dans le cadre de cette initiative.
Dans ce projet, la JICA a présenté des technologies de diagnostic et de conception auprès des responsables gouvernementaux turcs. Grâce à cela, le ministère turc de l’Éducation nationale a adopté une technique appelée « méthode de construction par cadre extérieur », qui consiste à renforcer les bâtiments depuis l’extérieur. Cette méthode permet aux écoles de continuer à fonctionner pendant les travaux. Elle a été développée au Japon, où le besoin de renforcer les infrastructures publiques, telles que les écoles, s’est accru après le grand séisme de Hanshin-Awaji de 1995.
Yamada explique : « La Turquie et le Japon sont tous deux situés dans des régions où les séismes sont fréquents. Cette initiative de renforcement parasismique est donc extrêmement importante. En approfondissant notre coopération, nous espérons créer un projet qui pourra servir de modèle pour le monde entier. »
Le gouvernement turc apprécie grandement les résultats du projet de renforcement, soulignant qu’il a permis de réduire considérablement les délais et les coûts par rapport à une démolition suivie d’une reconstruction complète du bâtiment. Le gouvernement prévoit désormais d’étendre les travaux de renforcement parasismique aux écoles de tout le pays présentant un risque élevé d’effondrement.
La JICA mène également des initiatives similaires dans d’autres pays exposés aux séismes, notamment en Mongolie et au Salvador.
Yamada Riko du bureau de la JICA en Turquie (à gauche)
De 2022 à 2025, un projet a été mis en œuvre en Indonésie afin de renforcer les capacités opérationnelles en matière d’analyse des séismes et des tsunamis ainsi que de diffusion des alertes, en coopération avec l’Agence de météorologie, de climatologie et de géophysique de la République d’Indonésie (BMKG).
En 2018, le pays a subi une série de séismes et d’éruptions volcaniques qui ont provoqué plusieurs tsunamis. Alors, divers dysfonctionnements ont été constatés, notamment l’absence d’émission d’alertes au tsunami ou un manque de précision dans les avertissements diffusés. La JICA a lancé ce projet afin d’aider à remédier à ces problèmes.
Le chef de projet, Furuta Akihiro, se souvient : « Lorsque nous avons mené une enquête sur le terrain, nous avons constaté que certains sismomètres n’étaient pas correctement installés et que les données d’observation n’étaient pas exploitées efficacement. Dans le cadre de ce projet, nous avons travaillé sur tous les aspects, depuis la maintenance des équipements d’observation jusqu’à l’amélioration des procédures de diffusion des informations sismiques et des alertes précoces aux tsunamis, en passant par le renforcement du processus de diffusion de l’information.»
Les membres du projet examinent les données d’observation antérieures
Le projet a été confronté à de nombreux défis, allant des différences de culture et de coutumes à la coordination avec de nombreuses agences locales et différentes divisions du BMKG. Cependant, après trois années d’efforts, le temps nécessaire pour diffuser les informations sur l’intensité sismique à la suite d’un séisme, qui prenait auparavant plusieurs dizaines de minutes, a été réduit à moins de deux minutes. Par ailleurs, afin de former et de sensibiliser le personnel local chargé de la gestion des catastrophes ainsi que les habitants, des programmes de formation ont été mis en œuvre pour améliorer la transmission des informations relatives aux séismes et aux tsunamis. Des supports pédagogiques ont également été élaborés pour résumer les procédures d’évacuation à suivre en cas d’alerte au tsunami.
Un spécialiste japonais (au premier plan) fournit des conseils à un agent local
Le spécialiste technique Kamigaichi Osamu explique : « Comment réduire les dégâts causés par les tremblements de terre et les tsunamis est un défi commun aux populations vivant dans l’ensemble de la ceinture du Pacifique. Le Japon est le pays qui a accumulé le plus d’enseignements dans ce domaine. Dans le cadre de ce projet, nous avons introduit un programme de calcul de la magnitude équivalent à celui développé par l’Agence météorologique japonaise, ainsi que des mesures destinées à faire face aux séismes de grande ampleur. Ces systèmes ont gagné en précision grâce à des années de réflexion et de retours basés sur l’expérience du Japon en matière d’observation sismique. Grâce à ces technologies japonaises, nous pouvons contribuer à sauver de nombreuses vies. »
Furuta Akihiro présente les activités du projet en Indonésie (Photo publiée avec l’aimable autorisation de la BMKG)
Kamigaichi Osamu présente les activités du projet en Indonésie (Photo publiée avec l’aimable autorisation de la BMKG)
La JICA a dépêché des équipes d’appui dans la région du Tohoku immédiatement après le grand séisme de l’Est du Japon survenu en mars 2011. Elle a également ouvert le Centre de formation des Volontaires japonais pour la coopération à l’étranger (JOCV) de Nihonmatsu, dans la préfecture de Fukushima, afin qu’il serve de centre d’évacuation. Dans la ville de Higashimatsushima, dans la préfecture de Miyagi, la JICA a par ailleurs apporté un soutien complémentaire, en déployant notamment des facilitateurs de reconstruction communautaire. Forte de ces expériences acquises dans la région de Tohoku, la JICA a depuis élargi ses initiatives visant à partager les enseignements tirés de cette catastrophe avec d’autres pays.
L’une de ces initiatives est un projet de coopération technique à l’échelle communautaire mené à Banda Aceh, en Indonésie, afin de renforcer la compréhension de la préparation aux catastrophes. La ville a subi des dégâts dévastateurs lors du séisme et du tsunami de l’océan Indien de 2004, mais, ces dernières années, l’estompement progressif du souvenir de la catastrophe et la baisse de la conscience des risques sont devenus des préoccupations majeures.
Hosoe Eri, de Nebama MIND, une organisation basée à Kamaishi, dans la préfecture d’Iwate, qui œuvre à préserver la mémoire de la catastrophe et qui a dirigé ce projet, explique : « Dans le district de Nebama, qui a été gravement touché par le tsunami, nous travaillons à renforcer la sensibilisation aux catastrophes non seulement par des mesures matérielles telles que les digues maritimes, mais aussi en préservant et en transmettant la mémoire de la catastrophe. Ces efforts aident les populations à se préparer aux futurs tsunamis. Nous souhaitions partager ces expériences et ce savoir-faire avec les habitants d’Aceh. »
Lancé en 2022, le projet a désigné deux collèges locaux comme établissements pilotes. Après avoir étudié les activités de prévention des catastrophes et les efforts de reconstruction menés à Kamaishi, les enseignants ont élaboré des plans de cours et, avec les élèves, ont conçu un programme de préparation aux tsunamis à travers des ateliers participatifs. Certains élèves ont même créé des cartes indiquant les itinéraires d’évacuation à suivre en cas de tsunami.
Hosoe se souvient : « Ce qui m’a le plus marquée dans cette initiative, c’est lorsqu’un élève a déclaré : “Si nous nous préparons, nous pouvons survivre à un tsunami.” Entendre ces mots m’a vraiment rendue heureuse. »
Des élèves identifient les enjeux liés à la sécurité face aux tsunamis lors d’un atelier (Image publiée avec l’aimable autorisation de Nebama MIND)
Sasaki Yuji, qui a perdu des membres de sa famille dans le tsunami, a partagé son expérience personnelle en tant que formateur dans le cadre du programme. Il a déclaré : « L’un des enseignements les plus importants que la ville de Kamaishi et le district de Nebama ont tirés de cette catastrophe, que ce soit en matière de prévention ou de relèvement et de reconstruction, est la nécessité pour chacun de développer un véritable sens des responsabilités et de l’initiative personnelle. Grâce à ce projet, je crois que les habitants d’Aceh ont eux aussi pris conscience que la préparation aux catastrophes est une démarche dans laquelle les résidents eux-mêmes doivent s’impliquer activement. »
Hosoe Eri (à gauche) et Sasaki Yuji de Nebama MIND (Photo publiée avec l’aimable autorisation de Nebama MIND)
Kobayashi Kenichi, directeur du groupe de gestion des catastrophes au sein du département de l’Environnement mondial de la JICA, explique l’importance des projets liés à la réduction des risques de catastrophe mis en œuvre dans différents pays :
« Pour les pays en développement, la réduction des risques de catastrophe ne consiste pas seulement à protéger les vies humaines et les moyens de subsistance. En renforçant les fondements d’un pays, elle contribue également à briser le cycle de la pauvreté et à soutenir un développement économique stable. Dans le monde actuel, les activités économiques et les chaînes d’approvisionnement manufacturières sont fortement mondialisées. Par exemple, lorsque des usines ont été inondées lors des inondations de 2011 en Thaïlande, la production mondiale d’ordinateurs a été perturbée et des usines automobiles au Japon ont été contraintes de suspendre leurs activités. Dans ce contexte, la réduction des risques de catastrophes dans d’autres pays est également importante pour le Japon. »
En partageant l’expérience du Japon en matière de prévention et de gestion des catastrophes, la JICA devrait contribuer à renforcer la sécurité mondiale, tout en bénéficiant également au Japon.