Des plantations philippines aux tables japonaises : un projet international de recherche conjointe protège les bananes contre les maladies
2026.06.18
Les bananes sont un aliment familier et apprécié sur les tables japonaises. Cependant, aux Philippines, d’où provient la majeure partie des bananes importées au Japon, les maladies qui provoquent le flétrissement des feuilles et le dépérissement complet des plants sont devenues de plus en plus préoccupantes. Une découverte réalisée par des chercheurs japonais a apporté une contribution majeure à l’élaboration de méthodes de lutte contre ces maladies. Avec le soutien d’organisations telles que la JICA, le Japon et les Philippines travaillent ensemble avec détermination, au-delà des frontières, pour prévenir et contenir ces maladies végétales. Cet article présente les efforts de recherche collaborative menés par les deux pays.
La professeure Watanabe Kyoko (à gauche) et le chercheur Nozawa Shunsuke dans la serre expérimentale de bananiers du campus de l’Université Tamagawa
En mars 2026, lors d’un symposium international organisé sur le campus de l’Université Tamagawa à Machida (Tokyo), S.E. Mylene J. Garcia-Albano, ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République des Philippines au Japon, était présente. Le symposium était consacré aux résultats et aux perspectives futures de la recherche conjointe menée par le Japon et les Philippines sur les maladies affectant les bananiers et les cacaoyers.
S’adressant aux chercheurs et aux représentants gouvernementaux des deux pays, l’ambassadrice Garcia-Albano a exprimé ses attentes, déclarant : « Les résultats de ce projet contribueront grandement à l’élaboration de solutions durables et fondées sur des bases scientifiques pour lutter contre les maladies qui menacent des secteurs revêtant une importance économique et sociale considérable pour notre pays. » Ses propos ont été accueillis par les applaudissements de l’assistance.
Ambassadrice des Philippines au Japon, Garcia-Albano, prononce un discours lors du symposium international
Le Japon est un pays où les bananes sont très appréciées, chaque foyer en consommant en moyenne environ 18 kilogrammes par an. Cultivées dans les régions tropicales, les bananes sont importées au Japon à hauteur d’environ un million de tonnes par an, dont près de 80 % proviennent des Philippines.
En 2005, une épidémie de grande ampleur touchant les bananiers a été signalée aux Philippines. Faute de méthodes efficaces pour identifier l’agent pathogène et le maîtriser, celui-ci s’est installé dans les sols, entraînant un cercle vicieux qui a contraint les agriculteurs à abandonner certaines terres cultivées.
À ce jour, environ 18 000 hectares sur une superficie totale cultivée de 80 000 hectares auraient été abandonnés. L’identification de l’agent pathogène et la mise au point de nouvelles méthodes de lutte étaient également devenues des enjeux urgents pour le Japon, fortement dépendant des Philippines pour son approvisionnement en bananes. Par ailleurs, l’utilisation de pesticides dans la culture des bananes faisait l’objet de critiques croissantes dans la société. Il devenait donc nécessaire de développer de nouvelles méthodes pour lutter contre les maladies foliaires, principales cibles de ces traitements.
C’est dans ce contexte qu’a été lancé l’actuel projet international de recherche conjointe.
Une feuille de bananier présentant des signes de maladie
« Il y avait quelque chose de très caractéristique dans sa forme. »
En 2024, dans un laboratoire de l’Université Tamagawa, Nozawa Shunsuke, alors professeur assistant de recherche et aujourd’hui chercheur à l’Institut de recherche, d’éducation et d’innovation de Fukushima, examinait au microscope des agents pathogènes du bananier rapportés des Philippines lorsqu'il remarqua quelque chose d'inhabituel. Au départ, la maladie responsable du dépérissement des feuilles de bananier était considérée comme la cercosporiose noire (black sigatoka), et Nozawa avait principalement rapporté ces échantillons afin d’étudier cette maladie.
Il poursuivit ses recherches méticuleuses en cultivant le champignon, en analysant son ADN et en inoculant des plantes saines afin de confirmer son caractère pathogène. Puis, à un moment donné, il remarqua une caractéristique distinctive dans la forme de l’organisme. Dans le cas de la cercosporiose noire, le champignon responsable (Pseudocercospora fijiensis) apparaît généralement sous la forme de fines structures blanches filamenteuses. Or, les spores qu’il observait au microscope étaient, selon ses propres mots, « en forme de petits pains noirs ».
L’organisme s’est révélé être un champignon totalement différent, connu sous le nom de Nigrospora spp., un groupe qui comprend des agents pathogènes responsables de brûlures foliaires chez diverses plantes, notamment le riz. Cette découverte suggérait que l’efficacité limitée des pesticides utilisés par les producteurs locaux pouvait être due à l'implication d’un autre agent pathogène inattendu, et pas seulement du champignon Pseudocercospora déjà identifié.
Nozawa a déclaré : « J’éprouvais de la compassion pour les agriculteurs, car les maladies foliaires étaient plus complexes que nous ne l’avions imaginé. Mais, en même temps, l’identification du champignon responsable représentait une avancée majeure. »
Nozawa répond à des questions lors d’une interview
Cette image montre le champignon Nigrospora, identifié par Nozawa comme l’une des principales causes des maladies du bananier
Cette recherche est menée dans le cadre du SATREPS (Partenariat de recherche en science et technologie pour le développement durable), un programme soutenu conjointement par la JICA et la JST (Agence japonaise pour la science et la technologie).
SATREPS est une initiative internationale de recherche conjointe dans laquelle des organismes de recherche, des ministères et des agences gouvernementales du Japon collaborent avec leurs homologues de pays en développement confrontés à diverses difficultés. L’objectif est de relever des défis mondiaux tels que le changement climatique, la sécurité alimentaire et les catastrophes naturelles, des problèmes qu’aucun pays ne peut résoudre seul. Le programme vise à produire de nouvelles connaissances fondées sur les besoins locaux, tout en contribuant à la résolution de problèmes et au développement durable grâce à l’application concrète des résultats de la recherche dans la société.
Dans ce cadre, la JST prend en charge les coûts de recherche engagés au Japon, tandis que la JICA apporte un soutien aux dépenses de recherche, à l’acquisition d’équipements et à d’autres besoins dans les pays partenaires. Pour les établissements de recherche japonais, ce dispositif présente l’avantage de leur permettre de mener des travaux étroitement liés aux défis rencontrés par les pays en développement. Pour ces derniers, il contribue à la résolution de problèmes sociaux grâce au renforcement des capacités de recherche, à la formation des ressources humaines et à la mise en pratique des résultats de la recherche. Ce cadre de coopération est mutuellement bénéfique. Lancé en 2008, le programme SATREPS a soutenu à ce jour plus de 200 projets dans plus de 60 pays répartis en Asie, en Afrique, en Amérique latine et dans d’autres régions.
Hashimoto Yohei, directeur au sein du département du Développement économique de la JICA, a évoqué l’importance de l’engagement de son agence dans le programme SATREPS.
« La force de la JICA réside dans sa capacité à mettre en relation les ressources de recherche japonaises avec les défis de développement auxquels sont confrontés les pays partenaires », a-t-il expliqué. « Nous jouons également un rôle en investissant dans des domaines où les entreprises privées ne peuvent pas intervenir, en anticipant les bénéfices à long terme. »
La professeure Watanabe répond à une interview tout en tenant une grappe de bananes
Ce projet, connu sous le nom de BaCaDM (Project for the Development of Novel Disease Management Systems for Banana and Cacao), a été lancé en 2021 dans le cadre d’un accord entre l’Université Tamagawa et l'Université d'État de Luçon centrale aux Philippines.
Pour les Philippines, où la production de bananes constitue une industrie nationale majeure, l’identification des causes des maladies et l’établissement de méthodes de lutte efficaces représentent depuis longtemps des défis importants. Si les recherches conjointes aboutissent à des solutions efficaces de contrôle des maladies, elles devraient contribuer à restaurer les niveaux de production et à améliorer directement les conditions de vie des agriculteurs. En outre, si ces méthodes de lutte peuvent être appliquées dans d’autres pays producteurs de bananes au-delà des Philippines, le projet contribuera également à relever les « enjeux mondiaux » visés par le programme SATREPS.
Le projet travaille actuellement à la sélection de nouveaux pesticides efficaces contre ces maladies. Par ailleurs, une méthode connue au Japon sous le nom de « désinfestation réductrice des sols », utilisant de l’éthanol à faible concentration, s’est révélée efficace contre la maladie du flétrissement, qui provoque le dépérissement des bananiers. Des efforts soutenus sont aujourd’hui déployés pour favoriser l’adoption à grande échelle de cette technique, notamment par le biais d’ateliers organisés localement et lors de conférences internationales.
La responsable du projet, Watanabe Kyoko, professeure à la Faculté d’Agriculture de l’Université Tamagawa, s’est montrée optimiste quant à l’adoption plus large de cette approche. « Au départ, la méthode de désinfestation réductrice des sols nécessitait l’abattage de tous les bananiers situés dans une zone carrée de 10 mètres de côté, mais nous avons constaté qu’elle pouvait être appliquée plant par plant. Cela réduit le nombre d’arbres à abattre et diminue les obstacles à son adoption par les agriculteurs locaux. », a-t-elle expliqué.
Bien que le projet BaCaDM doive s’achever en 2026, la professeure Watanabe affirme que le soutien aux chercheurs locaux se poursuivra afin qu’ils puissent mener des études à long terme jusqu’à ce que les nouvelles méthodes de lutte contre la maladie soient largement adoptées par les agriculteurs. L’une des figures clés de ces efforts sur le terrain est Celynne Ocampo Padilla, qui a obtenu son doctorat à l’Université Tamagawa.
Celynne (à gauche) présente les résultats de ses recherches aux producteurs de cacao
Celynne, qui dirige une division au sein du Centre de surveillance et de recherche des ravageurs et maladies des plantes de l'Université d'État de Luçon centrale, a suivi une formation initiale en phytopathologie. Grâce à ce projet, elle a passé trois ans à l’Université Tamagawa, où elle a dirigé des recherches sur la lutte contre les maladies du cacao. En poursuivant ses travaux tout en faisant la navette entre les deux universités, elle explique avoir pu définir plus clairement ses objectifs pour l’avenir.
« Les expériences comme l’analyse des données exigent un très haut niveau de précision, et j’ai acquis les compétences nécessaires pour y parvenir », a-t-elle déclaré. « À l’avenir, j’espère contribuer en tant que spécialiste au renforcement de la gestion des maladies, en particulier pour les cultures à forte valeur ajoutée comme le cacao, et transmettre aux agriculteurs, à mes collègues et à mes étudiants ce que j’ai appris au Japon. »
L’année 2026 marque le 70ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et les Philippines. L’une des caractéristiques majeures de ce projet a été la participation active de jeunes chercheurs des deux pays travaillant au-delà des frontières, représentés notamment par Nozawa, 33 ans, et Celynne, 39 ans. Leur collaboration a encore renforcé les liens entre les deux nations, qui entretiennent une relation d’amitié depuis plus d’un demi-siècle.
Grâce à ce projet, de jeunes chercheurs réunis par la JICA ont considérablement progressé et mettent désormais leurs réalisations au service non seulement des pays partenaires, mais également de leur propre pays. Le programme SATREPS possède un fort potentiel pour favoriser l’établissement de relations de confiance durables entre le Japon et les pays du monde entier.
La professeure Watanabe (à droite) et Nozawa observent des bananiers